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L’insécurité aggrave la précarité les journalistes en Afrique Francophone

L’insécurité et la précarité frappent durement les journalistes et les médias en Afrique. Entre faibles salaires, retards de paiement, le métier est de plus en plus difficile à exercer. Alors que certains médias, économiquement asphyxiés, mettent la clé sous le paillasson, des journalistes ont décidé de se reconvertir dans d’autres domaines où l’herbe semble être plus verte.

À Léo, une localité située à près de 160 kilomètres de Ouagadougou, les terres sont fertiles et les pluies plus abondantes. Sur un petit terrain encore vide, nous rencontrons Aristide Ouédraogo en ce 19 avril 2025. Il est en train de préparer la saison des pluies pour produire du maïs et faire de l’élevage. « C’est ici que ma nouvelle vie va commencer », dit-il, avec fierté.

Pendant dix ans, Aristide Ouédraogo a vécu à Ouagadougou, dans un tout autre univers : le journalisme. Mais aujourd’hui, il veut changer de vie. « Je n’ai pas encore quitté le journalisme, mais je compte le faire dans une année. Je veux travailler de mes mains, cultiver ce que je mange, élever mes bêtes, et être plus libre et gagner plus d’argent », explique-t-il, d’un air sûr. Puis, il explique son volte-face. « Dans le journalisme, il est difficile de joindre les deux bouts. Je reste et resterai journaliste et dans mon cœur, mais il faut aussi manger », précise-t-il

Son histoire n’est pas unique. Au Burkina Faso et dans d’autres pays d’Afrique, de nombreux journalistes vivent dans des conditions difficiles : faibles salaires, contrats précaires, retards de paiement. « À l’exception de quelques privilégiés, ils sont rares les professionnels des médias qui arrivent à vivre décemment de leur métier », souligne le rapport 2023 de la Convention des jeunes journalistes du Sénégal. Ce rapport s’appuie sur une étude auprès de 200 journalistes sénégalais. Les résultats de cette étude révèlent, entre, autres, que 18,5% des journalistes ont des rémunérations mensuelles en deçà de 75 000 francs CFA ; 14,8% entre 75000 et 100000 francs CFA ; 14,8 entre 100 000 et 150 000 francs CFA ; 10,2% entre 150 000 et 200000 FCFA.

La galère des médias et journalistes

Au Mali, la situation des journalistes n’est pas meilleure, car les médias sont aussi dans un pétrin financier.

Boubacar Yalkoué, Directeur de publication du quotidien Le Pays, dresse un constat amer. « La situation économique des médias au Mali est très critique. Depuis 2020, le pays traverse une situation d’exception. La plupart de nos revenus sont conditionnés à la stabilité financière de L’État. Nous savons pertinemment que l’État a des difficultés aujourd’hui à faire face à tout ce qui est en lien avec l’économie et la finance.  Ce qui impacte sur le fonctionnement de l’État, particulièrement des médias », a-t-il fait savoir.

Bertrand Teyane, journaliste et Directeur de publication du journal Hamama Média, dépeint également une situation économique difficile pour les médias au Tchad. « On est asphyxié. Les médias vivent dans la précarité. Les médias qui marchent sont ceux du public qui ont l’appui du gouvernement. Les médias privés sont abandonnés », souligne-t-il.

Faute de moyens financiers, le promoteur de média en ligne a dû faire le choix de travailler avec des pigistes et des stagiaires.  « Nous vivons de publireportages facturés à 25 000 F CFA, 50 000 FCFA, 100 000 FCFA. Rares sont ceux qui peuvent payer 200 000 F CFA ou 300 000 F CFA. Pouvoir payer régulièrement mes journalistes, c’est un peu difficile. Nous fonctionnons avec des stagiaires, des pigistes », affirme-t-il.

Des médias fermés

Dans ce contexte économique difficile, des médias ont cessé leurs activités.  « La plupart des journaux au Mali ont arrêté de paraitre parce qu’ils n’ont vraiment pas les moyens. Donc, s’ils n’ont pas l’argent pour faire paraitre le journal, on ne peut vraiment pas parler d’intéressement à l’endroit des journalistes », précise le Directeur de publication du journal Le Pays.  Du fait de la précarité des médias, des journalistes ont quitté leurs rédactions pour chercher leur gagne-pain dans d’autres domaines. « Si cet intéressement n’est plus là, les journalistes n’ont plus le choix que d’aller chercher ailleurs. Le salaire de beaucoup de rédactions ont été considérablement réduits. Nous leur conseillons de chercher à faire autre chose et continuer à travailler. A chaque fois que la rédaction a un peu d’argent, elle essaie de voir de qui est possible de faire pour eux », déplore Yalkoué.

Retour au Burkina Faso, où, sous un soleil qui descend du ciel comme une pluie de feu, on retrouve Aristide Ouédraogo dans son site, encore vierge. Pour ce trentenaire, ce retour programmé à la terre est bien plus qu’un repli économique. « Je veux montrer qu’on peut vivre dignement de l’agriculture. Il suffit d’être organisé, suivre des formations et croire en soi. J’ai foi que je ne regretterai pas ce choix que je m’apprête à faire en quittant le journalisme pour cultiver la terre », rassure Aristide, qui déplore également la précarité des journalistes au Burkina Faso.

Quitter le journalisme pour survivre

Dans son rapport 2025 sur la situation de la presse, Reporters sans frontières alerte sur la fragilité des médias du continent. L’organisation qui, souligne que la dépendance des médias aux annonceurs affaiblit la profession, ajoute que « le manque de subventions publiques pérennes et transparentes fragilise encore davantage le secteur. Dans plusieurs pays, les aides étatiques sont rares ou distribuées de manière discrétionnaire. »

Selon cette organisation de défense de la liberté de presse et la protection des journalistes, la situation sécuritaire, en particulier dans les pays du Sahel, aggrave les difficultés économiques des médias. En effet, depuis une dizaine d’années, de nombreux pays d’Afrique, comme ceux du Sahel subissent des attaques terroristes. Selon rapport 2024 de Global Terrorism Index, sur 7 555 morts dans le monde à cause du terrorisme, 3 885 ont eu lieu dans les pays du Sahel, soit 51% des victimes. En plus du terrorisme, les pays comme la République Démocratique du Congo, en guerre, participe à fragiliser les médias et à accentuer la précarité des journalistes.  « La guerre en cours a exacerbé les difficultés économiques des médias », affirme un rapport de RSF.

L’État, un mauvais payeur

La situation économique difficile de nombreux médias, selon Boubcar Yalkoué, est aussi due au fait qu’il y a beaucoup de factures impayées par les partenaires, notamment ceux étatiques. « Nos contrats de l’année passée dans certaines structures, jusque-là, nous n’avons pas été payé.  A chaque fois qu’on passe, on nous dit que la situation est difficile. Dans certains départements, la ligne réservée à la communication a été supprimée ou elle a été utilisée pour d’autres besoins », déplore-t-il.

Face à la précarité des médias et journalistes, RSF exhorte les médias à repenser leur modèle économique afin d’être plus viables.

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