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Législatives en Côte d’Ivoire : les Libanais naturalisés ciblés par des discours de haines en ligne

En Côte d’Ivoire, une polémique aux relents xénophobes enfle sur les réseaux sociaux alors que le pays se prépare pour le scrutin législatif prévu le 27 décembre 2025. Certains internautes affirment que les Libanais naturalisés Ivoiriens ne peuvent pas se porter candidats aux élections législatives et municipales. Pourtant, le Code électoral ivoirien, dans ses articles 70 et 71, autorise les citoyens naturalisés à se présenter aux élections, à condition de remplir les critères légaux.

Entre vidéos sorties de leurs contextes, discours xénophobes et incompréhension des textes de loi, notre investigation montre comment cette polémique a nourri une vague de discours de haine sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok (plus de 59 vidéos en trois semaines) avec le hashtag ​​#libanaisencotedivoire🇨🇮🇱🇧.

Tout est parti d’une vidéo publiée sur TikTok le 6 novembre 2025 par Hussein El Khayat, un libanais naturalisé Ivoirien. Dans cette vidéo, Hussein affirme qu’un libanais naturalisé Ivoirien peut bel et bien être élu maire ou député en Côte d’Ivoire contrairement aux rumeurs qui circulent dans l’opinion publique et sur les réseaux sociaux.

Capture d’écran de la déclaration d’Hussein El Khayat sur TikTok

Cette vidéo devenue virale (plus de 395 000 vues, 10 800 likes et plus de 1 800 sauvegardes sur TikTok) a mis le feu aux poudres. Reprise dans plus de 60 publications sur Facebook, la déclaration d’Hussein a suscité plus de 7 400 commentaires. Sur une publication faite par la page CASH Ivoire le 12 novembre 2025, certains commentaires sont particulièrement xénophobes et menaçants : 

« Tu oublies que tu n’es pas d’origine ivoirienne, tu es naturalisé et on peut te l’enlever c’est juste un bout de papier », « Vous n’êtes rien en Côte d’Ivoire, vous allez fuir très bientôt », « Donc faut commencer à cotiser pour le juge qui va s’occuper de ton procès, je ne vais pas te loupe », « Vendeur d’esclave !!! Continuez bientôt on va vous chasser hors de Côte d’Ivoire ou même de l’Afrique !! ».

Capture d’écran de la publication de la page Facebook CASH Ivoire

Rôle des influenceurs 

Dans un Live TikTok animé sur son compte le 9 septembre 2025, l’influenceur Camille Makosso encore connu sous le nom de « Pasteur Général Camille Makosso » ou « le roi de la marmaille », s’est adressé à Hussein El Khayat en ces termes : « Toi blanc que je vois là, tu es ivoirien ?… Hussein, est-ce que tu es d’accord avec moi qu’il y a un malaise entre les libanais et les ivoiriens ? ».

Dans ce Live, beaucoup d’intervenants ont reproché aux Libanais de « maltraiter » les Africains noirs. Pour eux, à cause de cette « maltraitance » envers les noirs, les libanais naturalisés ivoiriens ne doivent pas occuper des postes politiques de premier rang (député ou maire). Ce narratif est revenu dans plusieurs vidéos publiées sur TikTok (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10).

Dez.cocrane225 (plus de 1,1 million de followers) est l’un des influenceurs qui a le plus nourri ce narratif sur TikTok. Entre le 17 et le 19 novembre 2025, il a publié 3 vidéos (1, 2, 3) qui cumulent plus de 829 200 vues, plus de 72 400 likes, plus de 26 400 partages, plus de 3 300 commentaires et plus de 7 000 sauvegardes. 

Dans deux de ces vidéos, il a repris une ancienne vidéo d’une femme de ménage ivoirienne qui aurait été victime de maltraitance chez un couple libanais en novembre 2024 au Liban. Sur ces vidéos, on peut lire les messages tels que : « Affaire Pierre Mouawad le Libanais » et « Le comportement de certains Libanais au Liban sur les ivoiriens et les africains ». Dans cette vidéo du 1ᵉʳ novembre 2024, on l’entend tenir des propos haineux comme « Libanais, plus mauvais que vous sur la terre, il n’en a pas ».

Captures d’écran du profil de Dez.cocrane225 et de ses publications du 17 et 19 novembre 2025

Dans une autre vidéo, l’influenceur Ramses2ramses (avec 1,3 million de followers) ravive les accusations de maltraitance des africains au Liban et dénonce la possibilité donnée aux Libanais de se porter candidat à une élection en Côte d’Ivoire. « Montre- moi un ivoirien qui a tous les privilèges que vous avez en Côte d’Ivoire. Montre- moi la liberté d’expression simple d’un africain au Liban ? Je pense que chez vous, jusqu’à preuve du contraire, l’esclavage existe. La maltraitance des noirs existe ».

Une autre ancienne vidéo refait surface

Au milieu de cette polémique qui secoue les réseaux sociaux, une autre ancienne vidéo a été beaucoup relayée sur les réseaux sociaux. La vidéo montrant des enfants libanais tenant le drapeau du Liban est devenue virale et a servi à renforcer le narratif déjà présent en ligne. Sur cette vidéo, on peut lire « École libanaise en Côte d’Ivoire, pendant ce temps, les femmes noires sont interdites d’accoucher au Liban » et « Législative 2025 », alors que le contenu de la vidéo n’a aucun lien apparent avec les élections législatives.

Dans les commentaires, plusieurs internautes disent qu’il n’y a pas d’enfants noirs dans la vidéo et affirment que cela montre que les Libanais sont racistes. Certains demandent même à l’État ivoirien de fermer cette école. « Ils sont en train de bâtir leur nation sur notre nation 😭💔« , « Voici le vrai combat. Djoulas oh Bousmani oh, voilà le vrai problème« , « Le comble, ces écoles sont interdites aux ivoiriens« , « Le comble c’est que ces écoles sont interdites aux ivoiriens« , « École ça là l’Etat doit casser« .

Capture d’écran d’école libanaise en Côte d’Ivoire Source : TikTok

Pourtant, les recherches avancées ont permis de comprendre que la vidéo des élèves libanais n’est pas récente. Des traces montrent qu’elle existait déjà avant la polémique. En effet, plusieurs anciennes publications prouvent que la vidéo circulait depuis 2024. Par exemple, sur cette page TikTok, elle avait été publiée en novembre 2024.

Les conditions légales pour les candidats naturalisés 

En Côte d’Ivoire, la loi permet à toute personne naturalisée de devenir candidate aux élections législatives et municipales. Une fois qu’une personne obtient la nationalité ivoirienne et respecte les conditions prévues par le Code électoral, elle peut donc se présenter aux élections locales ou législatives, comme tout Ivoirien. C’est ce qu’a fait savoir Tiémoko Antoine Assalé Tiémok, député ivoirien.

Pour le député, la polémique autour de la candidature des personnes naturalisées est inutile. Cette polémique, selon lui, est alimentée par des personnes qui ne connaissent pas bien la loi. Dans une interview diffusée par Life TV, l’homme politique explique qu’à partir du moment où on est naturalisé, on a les mêmes droits que tous les autres ivoiriens. Qu’on soit de peau blanche ou de peau noire.

Cette sortie médiatique du député a suscité de vives réactions sur Facebook. Plusieurs internautes ont ressassé le narratif de « maltraitance » et « raciste » des Libanais. « Le problème des Libanais, c’est le comportement. On ne peut pas confier un pouvoir à un peuple qui n’aime pas les noirs », « Vos lois bizarres là, on n’est pas dedans hein. Est-ce que libanais aime les noirs ? … Il y a la loi et il y a aussi les faits ! », peut-on lire dans les commentaires.

Capture d’écran de Tiemoko Assalé, député Ivoirien Source : Life Tv

Selon le Code électoral, tout ivoirien qui a la qualité d’électeur peut se présenter dans toute circonscription électorale de son choix pour être élu à l’Assemblée nationale. Mais, selon l’article 72 du Code électoral, une personne naturalisée depuis moins de dix ans ne peut pas être candidate. Pour les élections régionales et municipales, le Code électoral dit aussi que le candidat doit avoir été naturalisé depuis au moins dix ans.

Cet article a été réalisé par Hadepté Da avec le soutien de pairs de l’Académie africaine des enquêtes open source (AAOSI) de Code for Africa, grâce à un encadrement par les pairs et au soutien financier de l’Initiative pour la démocratie numérique dans le cadre du projet Digitalise Youth, piloté par le Partenariat européen pour la démocratie (EPD). Pour plus d’informations, consultez le site https://disinfo.africa/.

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