Passer au contenu principal

FACT- CHECK CONGO

  • Home
  • A la Une
  • Angèle Bandou, de prédicatrice à première femme candidate à la présidentielle : le destin hors du commun d’une pionnière assassinée!
Image

Angèle Bandou, de prédicatrice à première femme candidate à la présidentielle : le destin hors du commun d’une pionnière assassinée!

Premier épisode d’une enquête de Fact-Check Congo

Par Rosie Pioth et Guerline Ngakosso

Angèle Bandou
Angèle Bandou, crédit photo famille Loemba

Le 26 août 2004 à l’aube, Angèle Bandou est assassinée à son domicile de Mbouono au sud de Brazzaville par des hommes armés. Plus de vingt ans plus tard, son nom semble peu à peu s’effacer de la mémoire collective. Pourtant, son parcours a marqué une page singulière de l’histoire politique du Congo : elle fut la première femme à se porter candidate à l’élection présidentielle. Face au silence de mort des autorités à  faire la lumiere sur cet assassinat, Fact-Check Congo exhume le dossier à travers une serie d’enquête. 

Qui était réellement dame Angèle Bandou ? Comment une femme connue d’abord pour sa foi, ses activités de prédicatrice et de guérisseuse traditionnelle s’est-elle retrouvée au cœur de la vie politique nationale ? Et que reste-t-il aujourd’hui de son combat ?

Dans ce premier épisode d’une série consacrée à son assassinat, Fact-Check Congo revient sur le parcours hors du commun d’une femme qui, tout au long de sa vie, n’a cessé de repousser les frontières que son époque semblait lui imposer.

Une enfance façonnée par les épreuves

Angèle Bandou naît le 5 juillet 1948 à Brazzaville. Elle est l’aînée de Fouemina Gaston et de Bikoyi Thérèse. Très tôt, la séparation de ses parents bouleverse son enfance. Elle grandit auprès de son père, de sa belle-mère et de ses demi-frères et sœurs.

Selon plusieurs témoignages recueillis par Fact-Check Congo, son père entretient avec elle une relation particulièrement fusionnelle. Malgré ses responsabilités professionnelles, il veille personnellement sur sa fille. Chaque soir, il lui chante des berceuses pour tenter de compenser l’absence maternelle.

Ce témoignage recueilli auprès d’un proche de la famille le confirme : 

Quand le papa rentrait du travail à 17 heures, il demandait toujours à sa fille : « Est-ce que tu as mangé ?” Ensuite, il la portait sur ses pieds, puis ils mangeaient ensemble. Tous les jours, quand il rentrait, il faisait ça.

“ Quand elle allait dormir, il fallait qu’elle aille dormir avec son papa dans sa chambre. Après, quand elle s’endormait, son papa partait dormir avec sa femme. Tous les jours, c’était comme ça.”, poursuit notre témoin anonyme.

Cette enfance relativement protégée ne dure pourtant pas.

En 1960, son père meurt. Angèle devient orpheline et est recueillie par des membres de sa famille. Les difficultés financières contraignent alors la jeune fille à interrompre sa scolarité, alors qu’elle est encore en classe de CM2 à l’école primaire Sainte-Claire.

Le 6 juillet 1963, à seulement 15 ans, elle épouse officiellement Loemba Jean Benoît, un militaire. Avec son soutien, elle travaille quelques années plus tard comme caissière, de 1974 à 1975, dans un magasin d’appareils électroménagers. De 1975 à 1981, elle devient opératrice économique dans le secteur de la couture, assurant la confection, la livraison et la commercialisation de vêtements prêt-à-porter dans plusieurs supermarchés de Brazzaville.

En 1982, elle scelle son union avec son époux devant Dieu. Leur mariage dure jusqu’au décès de celui-ci, le 12 septembre 1987. Le couple aura six enfants : quatre garçons et deux filles.

Une épouse engagée dans la foi

Après plusieurs années de veuvage, Angèle Bandou se remarie en 1996 avec Philippe M’Piaka. Contacté par Fact-Check Congo, son ex-époux revient, plus de vingt ans après les faits, sur la femme qu’il a connue au sein du foyer. 

“ Elle était une femme attentionnée, qui s’occupait de son époux, soumise, sauf sur certaines questions spirituelles sur lesquelles elle tenait son ascendant. Je n’étais pas en sujet avec ces questions- là. Sinon, en ce qui concerne le foyer, je n’ai pas de reproches particuliers à lui faire “

Selon plusieurs proches, cette nouvelle union provoque des tensions au sein des deux familles recomposées.

Mais c’est surtout dans la foi que Angèle Bandou va progressivement trouver le sens qu’elle donnera à la suite de son existence.

Une foi qui devient une vocation

Bien avant de se lancer en politique, Angèle Bandou est connue comme une femme profondément croyante. En 1982, elle affirme avoir reçu “ l’appel du Seigneur “. C’est à partir de cette période qu’elle commence à exercer ce que ses proches présentent comme un don de guérison.

Elle soigne gratuitement ceux qui viennent la solliciter, notamment à l’aide de préparations à base de plantes. Dans les récits de ceux qui l’ont connue, les souvenirs de cette époque occupent une place particulière.

 “ Elle donnait des tisanes. Il y a beaucoup de femmes qui étaient stériles qui ont donné naissance et leurs enfants portent le prénom de maman Angèle. “

Une proche de la famille, qui a souhaité rester anonyme, raconte également :

“ Elle soignait à domicile. Les malades venaient à quatre pattes, elle priait pour eux. Quand elle priait, elle bénissait l’eau, la prenait puis la faisait boire aux malades et ils repartaient debout. “

Ces récits relèvent du témoignage de ses proches et traduisent la manière dont son entourage percevait son activité spirituelle et thérapeutique.

Son engagement ne se limite toutefois pas à la guérison. Angèle Bandou consacre une grande partie de son temps à la prière, à l’accompagnement spirituel et aux actions sociales.

Bienvenu Sounga, qui fut son étudiant de la Bible, se souvient d’une femme dont la vie quotidienne était profondément structurée par la foi.

“ Elle ne faisait rien avec un planning d’activité réfléchi chez les humains. Chez elle, c’était la prière. Elle priait chaque zéro heure. De toute sa vie qu’elle a vécue, chaque zéro heure, maman Angèle devait prier avant de dormir. “

Il décrit également le mardi comme une journée particulière, durant laquelle elle ne sortait pas de chez elle et consacrait son temps à la prière.

Cette spiritualité possède une autre particularité : Angèle Bandou refuse de considérer le christianisme comme incompatible avec les traditions culturelles africaines.

Pour elle, embrasser la foi chrétienne ne signifie pas renoncer à ses racines. Le    tam-tam, les chants en langues nationales et certaines pratiques culturelles doivent conserver leur place dans l’expression de la foi.

Bienvenu Sounga résume ainsi son approche :

“ Maman avait une autre manière d’enseigner la parole de Dieu. Maman voulait qu’on prenne le christianisme mais étant décolonisé. Donc on ne devrait pas oublier nos origines. “

Une vision singulière, qui contribue à forger autour d’elle une communauté de fidèles.

De la prédication à l’action sociale

En 1982, Angèle Bandou fonde le groupe de prière Les Disciples de Jésus. Le mouvement sera ensuite officiellement reconnu et accueillera des fidèles dans plusieurs paroisses catholiques de Brazzaville, notamment à Saint-Pierre Claver de Bacongo puis à la basilique Sainte-Anne.

Plus de quarante ans après sa création, le groupe existe toujours.

Mais Angèle Bandou ne limite pas son engagement aux lieux de culte. Elle se rend dans les villages, visite des malades, des orphelinats, des maisons d’arrêt et des quartiers populaires.

Son message est alors centré sur la solidarité, la justice sociale et la dignité des plus vulnérables.

Un ami de la famille joint au téléphone par Fact-Check Congo témoigne :

“ Elle visitait les malades. Elle a beaucoup visité les malades. Elle partait au CHU, priait pour les malades, dans les hôpitaux, les maisons d’arrêt… C’était rare qu’elle ait du temps libre. “

À mesure que sa notoriété grandit, son domicile devient lui-même un lieu de passage. Des personnes viennent y chercher une prière, un conseil, une aide ou simplement une présence.

La prédicatrice rassemble. Et, progressivement, cette capacité à mobiliser va dépasser le cadre religieux.

Dieu m’a demandé de servir le peuple

Au début des années 1990, le Congo entre dans l’ère du multipartisme. Le paysage politique se transforme et de nouvelles voix cherchent à s’y faire entendre. C’est dans ce contexte que Angèle Bandou affirme avoir reçu un nouvel appel.

Après une longue prière, raconte son entourage, elle dit avoir reçu de Dieu la mission de créer un parti politique. Elle affirme alors que cette nouvelle formation serait “ une seconde révolution dans notre pays “.

Pour ses proches, sa démarche s’inscrit dans la continuité de son engagement religieux : défendre les pauvres, les sans-emploi et ceux qui, selon elle, restent à l’écart du pouvoir.

En 1991, elle fonde le Rassemblement pour la défense des pauvres et des sans-emplois du Congo (RPDSEC), qui deviendra par la suite le Parti africain des pauvres (PAP).

Dans un univers politique largement dominé par les hommes, Angèle Bandou choisit une stratégie et une identité visuelle qui la distinguent immédiatement.

Lors de ses apparitions publiques, elle porte presque systématiquement une tenue blanche, accompagnée d’un foulard de la même couleur. Une signature vestimentaire devenue indissociable de son image publique.

La prédicatrice est désormais une femme politique.

Et l’année 1992 va transformer son destin en celui d’une pionnière.

A suivre!

Partagez sur

Articles connexes

Vérification : faux, Fulbert Youlou n’a pas dirigé la République du Congo de 1963 à 1968!

AFFIRMATION Deux kakémonos portant les effigies des anciens présidents de la République du Congo, Fulbert Youlou et Alphonse…

Partagez sur
ByByRophiel ESSEMOU Août 16, 2026

Bassin du Congo : la superposition d’usage menace les forêts du Mayombe et du Chaillu

Dans le Bassin du Congo, deuxième poumon écologique de la planète, une même parcelle de forêt peut être…

Partagez sur
ByByFact-Check Congo Août 12, 2026

FAUX, Omar Denis Junior Bongo n’a pas été nommé Aide de camp adjoint de Denis Sassou Nguesso

Une publication virale ( 1, 2, 3, 4, 5) affirme que Denis Sassou-Nguesso aurait nommé son petit-fils, présenté…

Partagez sur
ByByRosie Pioth Mai 4, 2026

Congo-Brazzaville : un gouvernement 2026 sous le signe de “l’accélération de la marche”, entre continuité politique et ajustements ciblés

À la suite de l’élection présidentielle de mars 2026 qui a vu le président Denis Sassou Nguesso conserver…

Partagez sur
ByByRosie Pioth Avr 26, 2026