L’ingérence informationnelle étrangère désigne l’ensemble des actions menées par des acteurs extérieurs dans le but d’influencer l’opinion publique, les choix politiques et la stabilité sociale d’un pays. En Côte d’Ivoire, cette menace est de plus en plus préoccupante, particulièrement à l’approche des élections présidentielles et législatives. Contrairement aux formes classiques d’ingérence, elle opère de manière discrète, numérique et émotionnelle, exploitant les réseaux sociaux et les cycles de l’information en ligne pour semer le doute, attiser les divisions ou fragiliser la confiance dans les institutions.
Un paysage informationnel vulnérable et ciblé
À l’approche de l’élection présidentielle du 25 octobre 2025, les autorités ivoiriennes se sont inquiétées d’une “hausse des campagnes de désinformation en ligne ” susceptibles de perturber le processus électoral. Selon des experts de cybersécurité et des sources d’observation, des campagnes coordonnées d’influence ont été observées, diffusant de fausses informations sur des plateformes comme TikTok, Facebook et WhatsApp : rumeurs de violence, allégations de fraude, voire fausses nouvelles sur la santé ou la mort du président en exercice.
Ces narratifs trompeurs ne proviennent pas uniquement de l’intérieur du pays. Des analyses des agences de cybersécurité ivoiriennes et de médias internationaux indiquent que certains comptes impliqués dans ces campagnes présentent des liens avec des acteurs extérieurs, notamment des groupes cyberactivistes ou des réseaux liés au régime militaires des pays du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger) tel que les pages Amadou Maiga, AES, Média PRO ML, BIR du Faso. Une étude de Financial Times mentionne ainsi des comptes issus de ces États diffusant des fausses affirmations parfois encourageant le chaos dans le contexte politique ivoirien.
Outre ces campagnes, des récits plus anciens montrent comment des contenus étrangers polarisants ont exploité des événements majeurs, comme la pandémie de Covid‑19, pour renforcer des théories de conspiration ou des sentiments anti‑occidentaux dans des groupes privés ou des plateformes de messagerie.
Études nationales : l’Observatoire ivoirien des droits de l’homme (OIDH)
Face à ces enjeux, l’Observatoire Ivoirien des Droits de l’Homme (OIDH) a mené une étude approfondie sur la “ manipulation de l’information et l’ingérence menée depuis l’étranger ” , validée en décembre 2025 lors d’un atelier réunissant experts nationaux et internationaux.
Ce rapport, conduit avec le soutien de l’organisation International IDEA, dresse un état des lieux des mécanismes par lesquels les narratifs toxiques et les campagnes numériques transfrontalières se diffusent dans l’écosystème médiatique ivoirien. Les auteurs soulignent une “perméabilité inquiétante ” aux contenus exogènes lors des cycles électoraux de 2020 et 2023, révélant des vecteurs de désinformation récurrents, tels que les réseaux sociaux, les plateformes de messagerie et l’usage croissant d’outils d’intelligence artificielle pour créer des contenus difficiles à distinguer du réel.
Initiatives de la société civile et des médias
Conscientes de cette menace, plusieurs organisations de la société civile et associations de journalistes ont commencé à réagir. À la Maison de la presse d’Abidjan -Plateau, une formation a été organisée pour une trentaine de journalistes ivoiriens en collaboration avec la Fondation Hirondelle. Cette session visait à combler les lacunes des médias face aux manipulations d’origine étrangère, en leur donnant des outils pour identifier, cartographier et analyser ces interférences dans le flux informationnel.
Parallèlement, des initiatives de fact‑checking et des campagnes de sensibilisation ont été lancées, encourageant les citoyens à vérifier activement l’origine des contenus avant de les partager.
L’éducation aux médias comme outil de résilience
Face à l’ampleur de la problématique, l’Éducation aux Médias et à l’Information (EMI) s’impose comme un outil stratégique de défense. Une population formée à la lecture critique des informations est moins vulnérable aux narratifs manipulatoires. L’EMI aide à comprendre qui parle, dans quel contexte, dans quel but et sur quelle base factuelle. Elle transforme le citoyen passif en acteur lucide de l’espace informationnel.
Selon des experts en communication politique, renforcer l’EMI au sein du système éducatif, mais aussi auprès des journalistes, des leaders communautaires et des fonctionnaires, est essentiel pour bâtir une immunité collective contre les interférences numériques. Cela implique non seulement des programmes pédagogiques, mais aussi des campagnes publiques et des partenariats avec les plateformes numériques elles-mêmes.
Un rôle central de l’État ivoirien
L’État ivoirien doit reconnaître l’ingérence informationnelle comme une menace sécuritaire non conventionnelle. Cela requiert des investissements dans les capacités de veille numérique, de coopération avec les plateformes sociales, et de soutien aux initiatives locales de vérification des faits.
La lutte contre l’ingérence étrangère ne peut être uniquement répressive. Elle doit être préventive, éducative et collaborative. Les défis sont colossaux, mais la préservation de la souveraineté informationnelle et, plus largement, de la démocratie dépend de la capacité collective du pays à contrer ces formes invisibles de manipulation.
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