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COP30 : Vérification des chiffres donnés par Denis Sassou Nguesso dans son discours

 À la tribune de la COP30, à Belém au Brésil, le président de la République Denis Sassou Nguesso a défendu le 6 novembre dernier, la position du Congo comme pilier de la protection du Bassin du Congo et modèle de gestion durable des forêts. Mais que valent réellement les chiffres et les promesses financières avancées ? 

Pour vérifier cela, Fact-Check Congo a confronté  chaque affirmation à des sources officielles et références primaires (gouvernement du Congo, CCNUCC/REDD+, organismes de certification, publications ONU et articles scientifiques évalués par les pairs). Lorsque les chiffres varient selon les années ou les périmètres, nous indiquons l’intervalle et la date de référence.

Vérification

“ Plus de 4 millions d’hectares d’aires protégées, soit 13,5 % du territoire national”

Le chef de l’État a affirmé que le Congo protège plus de 4 millions d’hectares, représentant 13,5 % de sa superficie. Le Ministère de l’Économie forestière et du Développement durable  communique un ordre de grandeur évalué à 13,2% du territoire national .

Or, selon la Banque mondiale  et le Centre mondial de surveillance de la conservation de la nature (UNEP-WCMC) (profil WDPA du Congo), la proportion d’aires protégées varie entre 11 % et 15 % du territoire national, soit entre 3,7 et 5 millions d’hectares. ( Données 2024).

Le chiffre avancé reste donc plausible mais imprécis. L’on peut dire que les écarts tiennent à la méthodologie : inclusion ou non des aires marines, réserves communautaires et zones en cours de classement.

“ Plus de 9 millions d’hectares aménagés et 3 millions en cours d’aménagement ; la moitié certifiée” 

La référence la plus récente et consolidée à ce sujet  est la soumission révisée du NERF (Janvier 2024) à la CCNUCC : 22 concessions « disposent déjà d’un plan d’aménagement », couvrant ≈ 8 565 850 ha (58 % de la forêt de production attribuée). Ce chiffre officiel est inférieur à 9 Mha ; l’assertion présidentielle “ > 9 Mha”  surestime donc la superficie effectivement déjà aménagée au regard de ce document.

https://redd.unfccc.int/media/2024-01-11_vf_nerf_republique_du_congo.pdf.

Affirmer aussi que la moitié de ces terres aménagées est certifiée paraît donc incorrect. 

Deux familles de références officielles consultées par Fact-Check Congo convergent sur un niveau inférieur à 50 %

Le Forest Stewardship Council (FSC) estimait déjà en 2020 environ 2,9 millions d’hectares certifiés , chiffre probablement en hausse avec l’ajout de nouvelles certifications régionales (norme nationale FSC du Congo).

Le Pan-African Forest Certification , PAFC-Congo affiche sur son site web 1 159 643 ha certifiés PAFC au Congo.

Au vu de ces données, si l’on rapporte la part de  2,9 Mha aux  8,57 Mha déjà aménagés (NERF 2024), la part certifiée est d’environ 34 %, pas 50 %, sachant que certaines concessions peuvent porter une double certification (FSC + PAFC), de sorte qu’on ne peut pas additionner mécaniquement FSC et PAFC sans vérifier les chevauchements , ce qui fait que la part réelle certifiée reste nettement en-deçà de 50 %.

“ Sous l’impulsion du Congo, l’Assemblée générale de l’ONU a proclamé la Décennie 2027-2036 du boisement et du reboisement”

C’est vrai.
La résolution A/RES/79/283 (texte officiel ONUversion bibliothèque) proclamant la « Décennie des Nations unies pour le boisement et le reboisement » (2027-2036) a été initiée par la République du Congo et a obtenu le soutien de plus de 150  États.

“Le Congo abrite les tourbières tropicales les plus vastes au monde”

C’est vrai, mais cette affirmation reste à nuancer car ces tourbières sont partagées avec la RDC.
Les tourbières de la Cuvette Centrale constituent le plus vaste complexe de tourbières tropicales au monde, estimé à environ 145 500 km²   à cheval sur la République du Congo et la RDC. Ce point est solidement établi par des synthèses CIFOR-ICRAF et du projet CongoPeat

Conclusion

En définitive, plusieurs chiffres avancés dans le discours présidentiel à la COP30 s’avèrent soit vrais pour certains, soit approximatifs, parfois inexacts, ou simplement alignés sur la rhétorique traditionnelle du Congo en matière de climat. Le message met davantage en avant le rôle symbolique du pays comme “poumon vert” de la planète.
Pour faire progresser la lutte contre le changement climatique, la transparence et l’accès aux données publiques restent essentiels. Car les faits, eux, ne mentent pas.

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