» J’ai juste liké une publication… et pourtant on m’a dit que j’avais participé au harcèlement. Je ne comprenais pas. «
Ce témoignage d’une étudiante de 22 ans basée à Brazzaville illustre un mal invisible mais terriblement destructeur de nos jours : le cyberharcèlement.
Dans un pays où plus de 3 millions de personnes utilisent les réseaux sociaux, les violences numériques explosent, souvent dans l’indifférence générale.

Voici quelques vérités essentielles que Fact-Check Congo a décryptées avec Murphy Semo, expert juridique en répression de la cybercriminalité.
L’angle mort : entre un avis maladroit et un cyberharcèlement… la frontière est floue
Nos vies prolongent désormais leur existence en ligne sur diverses plateformes numériques notamment Facebook, Tik-Tok, Twitter, Instagram, Snapchat, WhatsApp. Mais très peu de gens savent qu’entre un commentaire sarcastique, une critique violente, un montage humiliant, ou même un like… la limite juridique peut se franchir très vite.
Ainsi, beaucoup de Congolais tombent dans l’illégalité sans s’en rendre compte, simplement par ignorance des textes en vigueur.
Le triangle du cyberharcèlement : êtes-vous complice sans le savoir ?
Selon Murphy SEMO, spécialiste congolais en répression de la cybercriminalité, le cyberharcèlement repose sur trois acteurs à savoir la victime, le harceleur et les témoins qui sont précisément ceux qui commentent, likent, rient, partagent… Et c’est là que tout bascule.
Mettre un simple like sur un contenu humiliant publié par une tierce personne équivaut à une participation à l’agression, selon la loi congolaise. De même que partager une rumeur est synonyme d’amplificateur de violence. Murphy Semo appelle cela « le cyberharcèlement parfait », qui est démontré lorsqu’une foule numérique devient une arme d’amplification de la rumeur ou de la violence.
Publier la photo d’une personne… peut constituer une infraction
Dans la société numérique congolaise, et même ailleurs, tout est filmé : concerts, mariages, cérémonies, altercations, lieux publics … Mais nombreux ne savent pas que l’image d’une personne est une donnée personnelle. Ainsi, prendre la photo d’une personne sans son consentement est une atteinte à sa vie privée; et la publier sans son autorisation en fait une infraction aggravée.
Il existe plusieurs exemples typiques de ces cas comme les invités de mariages photographiés puis publiés sans accord, ou encore les vidéos d’interpellations postées par des passants. Une attitude qui démontre d’une légèreté numérique qui peut, à la longue, devenir une responsabilité pénale.
Le Congo a de bonnes lois… mais la justice est un labyrinthe
Il existe plusieurs textes de loi en République du Congo régulant la cybercriminalité, notamment la Loi de 2001 sur la presse, la Loi de 2020 sur la cybersécurité et la cybercriminalité, la Loi Mouebara (2022) qui aborde particulièrement l’aspect sur le revenge porn, ou encore la Constitution de 2015.
Le problème ne réside pas donc au niveau de la loi, mais plutôt de la procédure à mettre en place sur sa mise en application. En effet, il existe à ce jour plusieurs obstacles majeurs que l’on peut citer: L’anonymat numérique ( avec l’usage des pseudonymes et des faux comptes, il est difficile d’identifier l’auteur réel), la lenteur judiciaire pendant la procédure qui permet au harceleur de supprimer les preuves par exemple. Il y a aussi un aspect non négligeable qui constitue un vrai casse-tête chinois: la victime se trouve au Congo, le harceleur quant à lui est basé au Cameroun tandis que la plateforme utilisée est aux USA. Ce qui soulève les problèmes de coopération judiciaire entre Etats et la nécessité de la double incrimination.
D’où l’importance des engagements internationaux pris par le Congo comme la Convention de Malabo ainsi que la Convention de Budapest . L’objectif poursuivi étant non seulement d’harmoniser les lois, mais aussi de faciliter la poursuite des criminels numériques.
Diffamation, injures, usurpation d’identité, revenge porn : la loi ne punit pas tout de la même manière
Il existe diverses sanctions prévues dans la loi congolaise selon le type d’infraction commise. Ainsi, pour des injures publiques, ou encore de la diffamation, le coupable pourrait payer une amende allant de 200 000 à 2 000 000 FCFA; tandis qu’une peine de 6 mois à 5ans de prison est exigée pour l’auteur d’une usurpation d’identité, ainsi que le paiement d’une amende lourde. Dans la loi Mouebara par exemple, l’auteur d’un revenge porn est passible d’une peine de 6 mois à 3 ans de prison ainsi que le paiement d’une amende sévère.
Pour rappel, le revenge porn est le fait de publier une image intime d’une personne, sans son consentement, ce qui est considéré comme une atteinte grave à la dignité humaine.
Face à tout ceci, le civisme numérique devient le bouclier le plus puissant et certain. La prévention reste donc la meilleure arme et le meilleur allié pour éviter de tomber sous le coup de la loi. Les latins disent » dura lex sed lex« , entendez » la loi est dure mais c’est la loi! « .
Fact-Check Congo invite chacun à développer la citoyenneté numérique, càd, toujours réfléchir avant de publier, et comprendre l’impact réel du contenu que l’on partage.
Comme le dit Murphy Semo, « Aujourd’hui, le numérique est une arme de destruction massive. Nous devons faire attention à ce que nous publions. »
Conclusion
Fact-Check Congo rappelle que sur Internet, un partage peut humilier; un like peut amplifier; un post peut vous incriminer et même un silence peut vous rendre complice.
Alors la vraie question aujourd’hui n’est plus de savoir si le cyberharcèlement existe, mais plutôt de
savoir quel rôle jouez-vous dans cette lutte, et que ferez-vous désormais pour protéger quelqu’un… ou éviter de blesser ?
Le combat commence par un geste simple : partager l’information. Car dit l’adage, « nul n’est censé ignorer la loi », et sensibiliser, c’est déjà lutter.
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