Une vidéo montrant Jean-Guy Blaise Mayolas, président de la FECOFOOT, affirmer que “ le football reste un jeu “ refait surface sur les réseaux sociaux. Beaucoup d’internautes , y compris des médias comme RMC Sport, l’ont présentée comme récente.
La vidéo entière peut être regardée ici.
Fact-Check Congo replace cette phrase dans son contexte, analyse les faits et interroge les enjeux pour le football congolais.
La vidéo virale : un contenu ancien sorti de son contexte
Nos vérifications montrent pourtant qu’il s’agit d’une ancienne déclaration datant du 22 juin 2024, faite à Brazzaville lors d’une conférence de presse de la FECOFOOT.
La séquence circulant depuis quelques jours est authentique, mais pas récente comme le souligne la page CongoFoot Media sur Facebook.
https://www.facebook.com/share/p/178yRxHGrW/
Elle provient d’une conférence organisée par la FECOFOOT après la défaite 6–0 du Congo face au Maroc à Agadir, lors des éliminatoires du Mondial, en juin 2024, comme le prouve cet article .
Fact-Check Congo a par ailleurs contacté le chargé de communication de la Fecofoot, Jean Rufin Loemba qui a confirmé l’ancienneté de la vidéo:
“ la vidéo date de Juin 2024 , après la défaite des Diables rouges au Maroc. Elle est remise d’actualité par RMC Sport induit sûrement en erreur par certaines personnes, dans un contexte tendu actuellement portant sur l’avenir du football congolais”, a-t-il déclaré.
Ceci illustre clairement comment la rediffusion d’un ancien contenu peut tromper même des médias internationaux lorsqu’il n’est pas replacé dans son contexte, comme le prouve la capture d’écran du texte accompagnant cette vidéo publiée le 19 novembre dernier par RMC Sport sur sa page Facebook.
La vidéo virale est donc un cas typique de recyclage, une technique fréquente dans la désinformation.
Contexte
Les Diables Rouges traversent depuis plus de deux ans une période difficile avec comme point de départ la réélection en 2022, de Jean Guy Blaise Mayolas à la tête de la Fecofoot ; une défaite historique de l’équipe national (6–0 contre le Maroc), un championnat local fragile et en perte de vitesse, un manque de cohérence dans la gestion entre la fédération et le ministère de tutelle, sans oublier un climat de défiance entre supporters et dirigeants.
En Juin 2024, après la défaite face aux Lions de l’Atlas, équipe nationale de football du Maroc, Jean Guy Blaise Mayolas déclare lors d’une conférence de presse tenue à Brazzaville : “ Le football reste un jeu, il ne faut pas être passionné. “
Une phrase qui interroge, malgré son ancienneté, et qui resurgit en plein débat national sur la gestion du football national et la responsabilité des institutions.
Pourquoi cette déclaration pose problème ? Analyse factuelle
Le président de la FECOFOOT est officiellement chargé de défendre le football national, de développer les clubs, de professionnaliser la discipline, et de représenter le Congo auprès de la CAF et de la FIFA.
Réduire donc le football à un “jeu” est en décalage avec le rôle stratégique que les instances internationales lui reconnaissent.
Par ailleurs, dire que le sport est “secondaire”, c’est renvoyer implicitement la responsabilité au ministère des Sports, sachant que la FECOFOOT est censée défendre, promouvoir et protéger cette discipline.
Fact-Check Congo a interrogé Jess Moubindou, amateur du sport roi et journaliste sportif :
“Cette posture du président de la FECOFOOT soulève plusieurs interrogations. D’un point de vue institutionnel, elle semble paradoxale venant du président de la Fédération, censé défendre et promouvoir cette discipline.
Dans un contexte de crise notamment résultats sportifs en berne, tensions avec le ministère, désillusion populaire, cette phrase ( bien qu’ancienne, ndlr) , peut être perçue comme un désengagement ou une tentative de déresponsabilisation. Elle mérite d’être analysée à la lumière des enjeux budgétaires, des attentes citoyennes, et du rôle stratégique du sport dans la cohésion nationale.”, nous a-t-il déclaré.
Un témoignage qui reflète le sentiment d’une grande partie des supporters du onze tricolore.
Les faits officiels renseignent que le sport en général, et le football en particulier, est considéré comme un outil de cohésion et de développement pour les nations.
Les publications des Nations Unies, de l’Unesco et de la Banque mondiale sur le sujet le démontrent.
L’Union Africaine reconnaît , dans son aspiration 5 de l’Agenda 2023, que le sport est “ un facteur de culture et un contributeur majeur au développement humain et au renforcement de la cohésion nationale et au rapprochement des peuples.”
Toutes ces données montrent que le football est un secteur stratégique à forte valeur économique, géopolitique et sociale, et non une simple distraction.
Un article du journal Forbes Afrique évoque l’enjeu que représente par exemple l’organisation de la CAN pour les pays hôtes, ainsi que les retombées économiques attendues au terme des organisations. Le Maroc espère générer plus de deux milliards de recettes en 2030 lors de l’organisation de la Coupe du Monde, comme le relève cet article d’Africa News Agency.
Le contexte actuel du football en République du Congo révèle que les Diables Rouges font face à une perte de confiance nationale. Pas de sélectionneur national à ce jour, et tous les stades du pays, onze précisément, sont fermés, comme le souligne cette publication de DRCPF le 17 novembre dernier sur Méta. Des cadres de la Fecofoot sont interdits de sortie du territoire national dont le président de la fédération lui-même, une suspension de la fédération par la FIFA en février 2025 pour cause d’ingérence politique, avant le lever de la mesure en Mai 2025 , autant de situations qui montrent combien souffre le football national.
De son côté, Tressica Kimpebe, journaliste sportive contactée par Fact-Check Congo, a affirmé que le football est en voie de disparition en République du Congo, si l’on n’y prend garde.
“ Le football congolais est en voie de disparition dû aux intérêts personnels et non collectifs. Ce conflit entre le ministère des sports et la Fédération Congolaise de Football dure depuis près de 4 ans déjà, et met en péril les joueurs, les arbitres et les officiels qui dépendent de ce sport pour vivre”, nous confie-t-elle.
“ Le football est un sport roi qui peut unir et rassembler les gens. Il est essentiel que les dirigeants du sport congolais pensent à l’avenir des joueurs qui sont abandonnés à leur triste sort, et urgent que le ministère des sports, garant du sport en général, prenne des mesures pour résoudre cette crise pour l’avenir des footballeurs”, conclut-elle.
Depuis plusieurs années, l’équipe nationale évolue dans un climat compliqué , partagés entre des résultats irréguliers, des infrastructures vieillissantes et jugées inappropriées pour abriter les matches internationaux, une crise de confiance des supporters, un championnat en quête de professionnalisation, et des tensions récurrentes entre la FECOFOOT et le ministère des Sports.
La reprise de cette ancienne vidéo intervient alors que la population attend de la transparence dans la gestion du sport , une vision managériale et un renouveau institutionnel pour redonner un nouveau souffle au football national.
Ce qui explique pourquoi cette phrase qui ressurgit a eu autant d’écho et suscite de l’indignation.
Conclusion
Parce que la qualité du débat public dépend de la contextualisation des propos publics, la vérification des dates, l’analyse institutionnelle, ainsi que de la compréhension des enjeux sportifs nationaux, il est important de toujours vérifier.
La vidéo virale est authentique, mais elle n’est pas récente : elle date de juin 2024. Sa rediffusion actuelle avec titre faisant penser à une vidéo récente, induit en erreur.
Quant au fond de la déclaration du patron de la Fecofoot, il faut reconnaître que la phrase du président est non seulement réductrice, mais aussi contradictoire avec le rôle économique et stratégique du sport roi .
Le football reste un secteur stratégique pour la jeunesse, la cohésion et l’économie.
Les dirigeants ont donc une responsabilité particulière dans la manière de communiquer.

















