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Nationalité d’Alassane Ouattara, une vieille querelle politique ravivée et amplifiée à l’approche des présidentielles de 2025

Alors que l’élection présidentielle du 25 octobre 2025 a débuté en Côte d’Ivoire, les tensions politiques restent vives . Lors d’une marche de l’opposition organisée le 9 août 2025 à Abidjan, une phrase choc a été lancée par certains manifestants de l’opposition : « Petit Mossi, rentre chez toi, on va installer Gbagbo. »

Le terme « Mossi » désigne un peuple originaire du Burkina Faso et constitue le groupe ethnique burkinabè le plus important. En argot nouchi ivoirien, ce terme désigne les étrangers, notamment ceux du Burkina Faso voisin, et est considéré comme xénophobe.

Rapidement diffusée et amplifiée sur les réseaux sociaux comme Facebook, X ou TikTok, cette expression à connotation xénophobe vise directement le président Alassane Ouattara, en remettant en cause sa nationalité ivoirienne. Cette polémique ravive un vieux débat identitaire déjà à l’origine de graves conflits dans l’histoire politique du pays. 

Au-delà de la frontière ivoirienne, ce discours identitaire qui laisse faussement croire qu’Alassane Ouattara n’est pas présidentiable a été massivement relayé par certains activistes de l’Alliance des États du Sahel (AES). Déconstruction d’une manipulation amplifiée sur les réseaux sociaux.

Un contexte politique marqué par la légitimité des candidats

Le premier tour de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire est prévu pour le 25 octobre 2025. Deux prétendants au fauteuil, notamment Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam, respectivement président du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) et président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA), sont déclarés inéligibles pour la course au palais présidentiel.

Le 9 août 2025, les militants et sympathisants des deux principaux partis de l’opposition politique ivoirienne, lors d’une marche organisée à Abidjan par leurs leaders, ont demandé la réintégration des deux candidats recalés. Lors de cette activité de protestation, le sujet explosif relatif sur la nationalité d’Alassane Ouattara refait surface.

Des publications sur les réseaux sociaux ont amplifié ce narratif. C’est le cas de plusieurs vidéos TikTok (1, 2, 3, 4, 5) qui ont reçu plus de 2 millions de vues, plus de 40 000 interactions. Sur Facebook, les posts (1 et 2) publiés par des comptes basés en Côte d’Ivoire ont généré plus de 600 partages. Sur X, ces publications ont atteint une portée de plus de 1,38 million de personnes touchées.

   Capture d’écran des comptes Facebook basés en Côte d’Ivoire

Une désinformation relayée dans les pays de l’AES

La phrase polémique à relent haineux et xénophobe, lancée lors de cette marche, a aussi trouvé un certain écho auprès des internautes dans les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), dont les relations actuelles avec les autorités de la Côte d’Ivoire sont tendues, notamment sur les questions politiques et diplomatiques. 

En effet, sur TikTok, la page dénommée « Maiga l’opérateur » (plus de 306 000 followers) a relayé la vidéo polémique sur un ton moqueur. L’image de profil du compte est celle de Ibrahima Maiga, activiste pro-AES qui critique régulièrement la gestion du pouvoir de Ouattara.

Cet autre compte TikTok (1,2 million de followers), où on voit dans la photo de profil le « Monument des martyrs » de Ouagadougou, a également publié la vidéo des manifestants ivoiriens qui scandent « Petit Mossi, rentre chez toi, on va installer Gbagbo ». 

Sur le même réseau social, cet autre compte dénommé « Ma Patrie 223 » a relayé la vidéo qui a cumulé 850 commentaires, plus de 1500 partages et près de 19 mille likes. Dans les différentes publications, de nombreux internautes à travers leurs commentaires se réjouissent du discours xénophobe des croquants.

Outre ces publications de certains internautes de l’AES, des militants et sympathisants du parti au pouvoir ivoirien ont saisi l’occasion pour qualifier les partis de l’opposition, notamment le PPA-CI, de xénophobes : « Les gens ont marché le 9 août. Ils ont chanté : « Petit Mossi rentre chez toi, on va installer GBAGBO. C’est pour vous dire que l’opposition ivoirienne ne peut jamais aimer les Burkinabè », a dit dans une page Facebook un monsieur dont la page est intitulée « Mouton de ADO l’original », une expression péjorative utilisée pour qualifier certains soutiens d’Alassane Ouattara.

La mise en garde du procureur de la République

Le procureur de la République de Côte d’Ivoire, près du tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau, s’est prononcé sur le sujet lors d’une émission sur le plateau de la Nouvelle Chaîne Ivoirienne (NCI). 

Braman Oumar Koné a indiqué que l’article 19 de la Constitution ivoirienne consacre la liberté d’expression. Toutefois, il a qualifié les propos tenus lors de la marche de « diffusion de la fausse information », contraire à la loi.

« Nous avons suivi cette marche. Nous avons vu sur les réseaux sociaux des propos haineux, racistes et xénophobes qui ont été distillés durant tout le parcours de cette marche. […] On a entendu des expressions comme Mossi, étranger, c’est particulièrement grave », a expliqué Braman Oumar Koné, lors de cette émission de NCI.

Laurent Gbagbo, lors de son discours pendant la manifestation du 9 août, avait condamné ces propos. « Je voulais soulever un petit problème. Je n’ai pas aimé ce que vous avez chanté, quand vous avez dit que vous alliez installer Gbagbo au pouvoir et que le petit Mossi aille chez lui. Chers amis, ne le répétez plus », a-t-il dit.  

Discours identitaire, un vieux démon ivoirien 

En Côte d’Ivoire, la question de la nationalité d’Alassane Ouattara a souvent été posée. Depuis les années 1990, certains Ivoiriens doutaient s’il était vraiment Ivoirien de naissance. Ce débat est devenu très important pendant les élections.

Selon certains discours politiques, Alassane Ouattara est Burkinabè. À cause de cela, il a eu des difficultés à se présenter à l’élection présidentielle en 2000.  Il a fallu recourir à la justice qui l’a officiellement reconnu Ivoirien en juin 2002. C’était le juge Cissé Matto Loma, deuxième vice-présidente du tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau d’alors, qui a délivré à Ouattara son certificat de nationalité.

Malgré cette reconnaissance officielle, des discours identitaires ont émaillé sa vie politique jusqu’à la crise postélectorale de 2010 qui a fait plus de 3 000 morts à cause des affrontements entre partisans d’Alassane Ouattara et ceux de Laurent Gbagbo.

En Afrique, pendant les périodes électorales, l’identité, l’ethnie, la région, de « provenance » est souvent instrumentalisée pour diviser. En Côte d’Ivoire, les débats sur « l’ivoirité » ou la nationalité ont déjà été utilisés pour exclure des candidats ou stigmatiser des communautés. Depuis les années 1990‑2000, les thèmes de l’« ivoirité » et des origines ont souvent été utilisés pour exclure des adversaires.

En 2000, Alassane Ouattara n’a pas participé à l’élection présidentielle et législative pour cause de doute sur sa nationalité.  Lors du forum sur la réconciliation nationale tenu en 2001, le Premier ministre sous Houphouët-Boigny avait expliqué qu’il était ivoirien. : « Je suis né le 1 janvier 1942 à Dimbokro, comme l’atteste mon acte de naissance. La déclaration de naissance peut être consultée à tout moment et en toute liberté à Dimbokro. […] Mon père, Dramane Ouattara, est Ivoirien. Il est de Kong, en Côte d’Ivoire », avait-il déclaré.

Lors de ce même forum, Laurent Gbagbo, opposant politique à Ouattara, a réfuté la véracité de son origine, car dit-il, « il a été haut fonctionnaire dans un autre pays (NDLR – Haute Volta, aujourd’hui Burkina Faso) ».

Les discours sur la nationalité, bien que tranchés, ont contribué à des crises postélectorales en Côte d’Ivoire.  Pour l’élection présidentielle de 2025 en Côte d’Ivoire, les autorités veulent éviter les discours identitaires en rappelant que la phrase « Petit Mossi, rentre chez toi, on va installer Gbagbo », prononcée le 9 août 2025 et amplifiée sur les réseaux sociaux, est contraire à la loi.

Cet article a été rédigé par Hadepté DA avec le mentorat de l’Académie africaine pour les enquêtes en sources ouvertes (AAOSI), dans le cadre d’une initiative du Partenariat européen pour la démocratie (EPD) et de Code for Africa (CfA). Pour plus d’informations, consultez https://disinfo.africa/.

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