FACT- CHECK CONGO

  • Home
  • A la Une
  • UNESCO : quand deux voix suffisent à poser les vraies questions !
Image

UNESCO : quand deux voix suffisent à poser les vraies questions !

Cet article a été modifié à la suite de nouveaux éléments reçus.

Deux voix seulement. C’est le score qu’a obtenu Firmin Édouard Matoko, candidat du Congo à la direction générale de l’UNESCO, face à l’Égyptien Khaled El-Enany. Un résultat sans appel, mais qui soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses.    Ce résultat du vote du Conseil exécutif de l’UNESCO a fait couler beaucoup d’encre à Brazzaville : 55 voix pour l’Égyptien Khaled El-Enany, contre 2 pour le Congolais Firmin Édouard Matoko.
Derrière ce score spectaculaire, une histoire de timing, d’alliances et de revirements diplomatiques.

Comment en est-on arrivé là ?

En une année, la République du Congo est passée d’un soutien officiel à la candidature égyptienne à une campagne express pour son propre ressortissant, dans un contexte diplomatique déjà verrouillé. Et derrière les chiffres de ce vote, 55 voix contre 2, se cache un enchaînement d’événements, de décisions tardives et de signaux contradictoires qui interrogent la cohérence de la stratégie congolaise sur la scène internationale.

Fact-Check Congo a reconstitué la chronologie de cette élection, analysé les sources officielles et confronté les faits aux rumeurs : un exercice de vérification nécessaire, à l’heure où la diplomatie congolaise peine à transformer ses ambitions en influence.

Le vote et son résultat

Le Conseil exécutif de l’UNESCO, composé de 58 États membres élus pour quatre ans, s’est réuni le 6 octobre 2025 pour désigner le candidat à recommander au poste de directeur général.
Le résultat officiel de ce vote donne 55 voix pour Khaled El-Enany (Égypte), et 2 voix pour Firmin Édouard Matoko (République du Congo). (1, 2), sur 57 pays votants, les USA n’ayant pas pris part au vote. Le vote s’est tenu à bulletin secret, conformément au règlement intérieur de l’organisation.  

Ce vote devra être ratifié le 6 novembre prochain par la Conférence générale de l’UNESCO (194 États membres), tel que le précise le communiqué officiel de l’UNESCO.

 Qui a voté ?

Plusieurs spéculations autour des pays ayant voté ou non pour le candidat congolais. Il faut noter ici que seuls les 58 pays membres du Conseil exécutif ont pris part au vote.

La République démocratique du Congo, citée parmi les pays n’ayant pas voté pour le candidat congolais, n’en fait pas partie : elle n’a donc pas voté. L’affirmation selon laquelle “la RDC aurait tourné le dos au Congo-Brazzaville” est donc fausse.

Deux trajectoires opposées

Khaled El-Enany (Égypte)

Le 10 avril 2023, l’Égypte officialise sa nomination pour le poste de directeur général en présentant Khaled El-Enany (Égypte) comme son candidat. L’article y relatif est à lire ici

Le 25 octobre 2024, il dépose officiellement sa candidature au poste de directeur général de l’Unesco auprès de l’institution.

Le 9 avril 2025, El-Enany présente sa vision devant le Conseil exécutif de l’Unesco.
Il faut rappeler ici que dès l’annonce de sa désignation en 2023 et courant 2024, sa campagne bénéficie du soutien de la France, de la Ligue arabe et de l’Union africaine, comme on peut le lire dans cet article.

 Firmin Édouard Matoko (République du Congo)

C’est le 13 mars 2025 que le Congolais Firmin Edouard Matoko dépose officiellement auprès de l’UNESCO, en même temps que la Mexicaine Gabriela Ilian RAMOS PATIÑO. 

Le 14 mars 2025, il annonce sa démission de son poste de sous-directeur général de l’Unesco pour se consacrer à la campagne.

Rappel 

En début mars 2025, précisément le 5 mars, lors d’une rencontre entre le ministre égyptien des Affaires étrangères Badr Abdelatty et le président de la République Denis Sassou Nguesso à Brazzaville, l’Égypte avait été assurée du soutien officiel de la République du Congo à la candidature de Khaled El-Enany au poste de directeur général de l’Unesco.  (1, 2

Après l’annonce de la candidature de Firmin Matoko, Brazzaville opère un revirement diplomatique et s’engage à fond pour Matoko, avec un appui direct du président Denis Sassou Nguesso. Le 12 mai 2025, Brazzaville annonce officiellement son soutien à Matoko, à travers une conférence de presse organisée par le ministère de la Communication et des médias, à laquelle avaient pris part plusieurs autres membres du gouvernement.

Gabriela Ramos (Mexique)

Troisième candidate en lice, Gabriela Ramos, ancienne sous-directrice générale de l’UNESCO pour les sciences sociales, s’est retirée fin aout 2025.
Un retrait qui a transformé le scrutin du 6 octobre dernier en duel africain inédit entre El-Enany et Matoko.

Par ailleurs, l’Égypte, qui vient de prendre la tête de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, les sciences et la culture (Unesco), n’en est pas à sa première tentative : en 2017, l’Égyptienne Moushira Khattab est l’un des sept candidats à la succession de la Bulgare Irina Bukova et la seule Africaine à se positionner. En 2009, c’est la candidature de Farouk Hosny, ancien ministre égyptien de la Culture, qui est présentée et n’obtiendra pas gain de cause face à Irina Bukova

Analyse : un duel déséquilibré

En deux ans de campagne, El-Enany a eu à bâtir une coalition diplomatique solide, comparativement à Matoko, arrivé tardivement, et qui n’a disposé que de moins de sept mois pour convaincre.

Autre fait, et pas des moindres, le revirement du Congo face à son soutien à l’Égypte puis celui apporté à la candidature nationale a brouillé son message et réduit sa crédibilité auprès des autres membres votants.

Il faut aussi affirmer que les soutiens institutionnels d’El-Enany ont consolidé son avance avant même l’ouverture du scrutin.

Ce qu’on peut affirmer avec certitude
  • Le résultat 55 contre 2 est exact, et non 54 contre 2 tel qu’affirmé dans certaines publications.
  • Matoko a déposé sa candidature le 13 mars 2025.
  • El-Enany a été désigné dès avril 2023 et a présenté sa vision le 9 avril 2025.
  • Le Congo avait officiellement soutenu l’Égypte avant de se rétracter.
  • Gabriela Ramos s’est retirée fin aout 2025.
  • Aucune preuve officielle congolaise ne confirme la teneur exacte de la rencontre Sassou-Nguesso-Badr Abdelatty en début mars 2025. 
  • La République démocratique du Congo n’a pas voté car ne figurant pas parmi les pays votants.
Conclusion 

Le scrutin de l’UNESCO ne sanctionne pas une “humiliation nationale”, mais révèle au grand jour un déséquilibre stratégique.
Khaled El-Enany, candidat depuis 2023, a bénéficié de deux ans de campagne soutenue par des blocs régionaux puissants dont la France en novembre 2024. 
Firmin Édouard Matoko, présenté à la dernière minute après un revirement politique du Congo, affrontait une machine diplomatique bien rodée.
Plus qu’un échec individuel, ce résultat rappelle que la diplomatie se construit dans la durée, pas dans la précipitation.

Partagez sur

Articles connexes

Vrai, Alpha Condé a réellement adressé un discours de fin d’année 2025 en tant que Président de la Guinée!

Sur une page sur méta attribuée à l’ancien Président Guinéen, le professeur Alpha Conde, un discours de nouvel…

Partagez sur
ByByRophiel ESSEMOU Jan 7, 2026

ATTENTION, Denis Christel Sassou Nguesso n’est pas le nouveau Secrétaire Général du Parti Congolais du Travail!

Plusieurs pages et comptes sur méta ( 1, 2, 3) affirment qu’après cinq jours de conclave, le ministre…

Partagez sur
ByByRophiel ESSEMOU Jan 1, 2026

Best of 2025: Une année de vérification, d’enquêtes et de rigueur journalistique

L’année 2025 a marqué une étape importante pour Fact-Check Congo. Dans un contexte congolais et sous-régional fortement exposé…

Partagez sur
ByByFact-Check Congo Déc 31, 2025

 » Il est difficile de se quitter quand on s’aime » : des propos de Patrice Talon détournés de leur sens

Des publications circulant sur Facebook affirment que le président béninois Patrice Talon aurait déclaré « il est difficile de…

Partagez sur
ByByAnnicette Ngakosso Déc 30, 2025