La polémique autour d’un communiqué de la mairie de Brazzaville vient de s’éclaircir. Contrairement à certaines affirmations relayées dans la presse et sur les réseaux sociaux, le maire a confirmé à Fact-Check Congo que le document daté du 17 septembre 2025 est bel et bien authentique et non un simple projet. Pourtant, malgré ce rappel à l’ordre, les grandes artères de la capitale congolaise restent encore couvertes de banderoles et d’affiches appelant la population à s’enrôler en vue de la présidentielle de mars 2026.
Un communiqué clair et signé
Le document porte toutes les marques de validité administrative, notamment l’en-tête de la mairie de Brazzaville, un numéro de référence Nᵒ 067/CB/M/CAB, un sceau municipal et la signature du maire.
Son contenu rappelle que la révision des listes électorales est une opération administrative et non une tribune politique. Il donne un délai de 72 heures aux partis et associations pour retirer leurs affiches, faute de quoi les services municipaux procéderont eux-mêmes à leur enlèvement.
À propos de ce communiqué, le média en ligne Brazza Net Media a, dans sa publication datant du 18 septembre dernier sur sa page officielle sur Meta, ancien Facebook, affirmé que c’était un vrai faux. On peut lire dans cette publication que le cabinet du maire, qui ne méconnait pas l’authenticité du document, s’interroge toutefois sur les intentions de la personne qui l’a rendu public, arguant que c’était encore un “projet”.
Vérification de Fact-Check Congo
Pour en avoir le cœur net, Fact-Check Congo a contacté le maire de la ville de Brazzaville, Dieudonné Bantsimba, au téléphone.
“ Je ne réponds pas aux fake news. Je n’ai fait que mon travail, le reste n’est pas mon problème”, a-t-il répondu.
Une capitale saturée d’affiches malgré l’interdiction
Pourtant, un simple tour dans les rues de Brazzaville suffit à constater que le communiqué reste peu suivi d’effet. De la Corniche à Bacongo en passant par Poto-Poto, les poteaux électriques et les murs sont encore recouverts de banderoles et de posters à l’effigie de partis et de responsables politiques.
Ces visuels, qui invitent la population à « s’enrôler massivement » en vue du scrutin de mars 2026, portent parfois des slogans laissant transparaître un soutien anticipé à un candidat pas encore officiellement déclaré. Une pratique assimilable à une campagne électorale déguisée, en contradiction avec l’esprit de la loi.
Le cadre légal
La loi électorale congolaise nᵒ 9-2001 du 10 décembre 2001 est claire :
- la révision des listes électorales doit être une opération neutre et inclusive,
- La propagande électorale n’est permise qu’à partir de l’ouverture officielle de la campagne, après validation des candidatures (ACE Project – texte intégral),
- toute communication politique en dehors de ce cadre peut être sanctionnée par la Commission nationale électorale indépendante (CNEI) ou par les autorités locales.
Une polémique révélatrice
Cette situation illustre deux problèmes majeurs, à savoir l’application inégale de la réglementation : un communiqué officiel existe, mais son exécution reste limitée. Dans un article de RFI publié le 19 septembre dernier sur le sujet, un intervenant a d’ailleurs qualifié de “farce” le communiqué de la mairie. Mais aussi la tentation des campagnes déguisées par des députés et figures politiques qui profitent de la révision du fichier électoral pour tester leur popularité et installer leurs slogans dans l’espace public, brouillant la frontière entre sensibilisation citoyenne et propagande anticipée (RFI).
Conclusion
Le communiqué de la mairie de Brazzaville est authentique et valide. Il interdit bien l’affichage politique pendant la révision des listes électorales. Mais sur le terrain, trois jours après la fin du délai fixé par la Mairie, les affiches et banderoles demeurent omniprésentes, montrant un décalage entre la règle et sa mise en application.
À six mois de la présidentielle de 2026, la révision des listes électorales cristallise déjà des tensions. La confirmation de l’authenticité du communiqué municipal ne suffit pas : tant que les banderoles partisanes continueront d’occuper l’espace public, le doute persistera sur la neutralité du processus électoral et la capacité des autorités à faire respecter leurs propres décisions.
















