Depuis quelques jours, un court extrait vidéo circule sur les réseaux sociaux, prétendant que la journaliste Florence Morice, aurait critiqué la tenue de la prochaine élection présidentielle au Congo Brazzaville, prévue en 2026 lors de l’émission Appels sur l’actualité animée par Juan Gomez. En réalité, c’est un contenu authentique, mais sorti de son contexte, datant de mars 2016.
La vidéo d’origine
La séquence virale de quatre minutes provient de l’émission Appels sur l’actualité, diffusée sur RFI le 21 mars 2016, dans laquelle Florence Morice explique pourquoi l’Union européenne avait décidé de ne pas envoyer de mission d’observation électorale lors de la présidentielle de 2016, en raison du non-respect de garanties minimales pour un scrutin crédible.
Lien officiel de l’émission complète sur Facebook (RFI – Appels sur l’actualité) :
https://www.facebook.com/share/v/1CHGaEcxgU/
Liens véhiculant la désinformation
Voici la version virale sur Facebook : https://www.facebook.com/share/v/1CHGaEcxgU/ , ainsi que les reprises sur TikTok/WhatsApp , et Youtube avec des sous-titres prétendant que la vidéo est récente.
Voici le lien de la version virale détournée, massivement partagée avec de faux sous-titres :
https://www.facebook.com/share/v/1CHGaEcxgU/
Comment Fact-Check Congo a vérifié
À partir d’une capture d’écran de la vidéo virale, nous avons effectué une recherche inversée d’image via Google Images et InVID-WeVerify. Ce qui a donné comme résultat cette vidéo qui correspond exactement à l’émission de mars 2016, en plein processus électoral.
La décision officielle de l’Union européenne en 2016
Le 19 février 2016, l’Union européenne annonçait qu’elle ne déploierait pas de mission d’observation électorale en République du Congo pour le scrutin présidentiel du 20 mars 2016, en raison de conditions non réunies pour un scrutin libre et équitable. Une déclaration largement couverte par plusieurs médias que l’on peut trouver dans la presse comme ici, ou encore là.
Une décision qui avait justifiée par la non transparence dans la composition, en janvier 2016, des acteurs de la Commission Nationale Electorale Indépendante, CNEI, organe qui remplaçait l’ancienne CONEL, Commission nationale électorale.
Les critiques émises à l’époque par Bruxelles avaient conduit les autorités congolaises à demander le rappel de l’Ambassadeur de la Délégation de l’Union Européenne au Congo, Saskia de Lang.
Intervention de Thierry Moungalla sur RFI : Aucune allusion à une quelle conque déclaration européenne
Dans un entretien diffusé le 20 juin 2025 dans l’émission Le Grand Invité Afrique de RFI, le Ministre de la Communication et des médias, et porte-parole du gouvernement congolais, Thierry Moungalla, a évoqué entre autres sujets la préparation de l’élection présidentielle de 2026.
Il a notamment déclaré :
« Je souhaite que le président de la République soit candidat, mais ce n’est pas à l’ordre du jour au moment où nous nous exprimons, puisque nous sommes à neuf mois de l’élection présidentielle. »
Il a insisté sur la stabilité politique actuelle et sur le rôle que jouerait Denis Sassou Nguesso dans une transition générationnelle en « rajeunissant les équipes », tout en soulignant qu’aucune décision officielle n’avait été prise à ce jour sur sa candidature.
Fait important : à aucun moment de l’interview, ni Christophe Boisbouvier ni Thierry Moungalla n’ont évoqué une position de l’Union européenne concernant le scrutin de 2026, ni un éventuel refus d’observation électorale.
L’émission complète de RFI – Le Grand Invité Afrique du 20 juin 2025 avec Thierry Moungalla et Christophe Boisbouvier est à retrouver sur ce lien.
Aucune date connue pour la présidentielle de 2026
Contrairement à ce que laisse croire la vidéo virale, la date exacte de l’élection présidentielle de 2026 n’a pas encore été annoncée, car la Commission nationale électorale indépendante (CNEI) n’a pas encore convoqué le corps électoral.
Selon l’article 67 de la Constitution du 25 octobre 2015, il est clairement stipulé que
« Le Président de la République est élu au suffrage universel direct, au scrutin uninominal, à la majorité absolue des suffrages exprimés. Si celle-ci n’est pas obtenue au premier tour du scrutin, il est procédé, vingt et un (21) jours après la proclamation des résultats par la Cour constitutionnelle, à un second tour. Ne peuvent se présenter au second tour que les deux candidats ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages exprimés au premier tour. Est déclaré élu au second tour, le candidat ayant recueilli la majorité des suffrages exprimés. »
La Constitution de la République du Congo peut être lue ici (PDF officiel).
Le président Denis Sassou Nguesso a prêté serment pour son mandat actuel le 16 avril 2021, et son mandat expirera donc le 16 avril 2026.
Cela signifie que, sauf changement, l’élection présidentielle devra se tenir entre le 1er mars et le 16 mars 2026. Mais à ce jour (juin 2025), aucune convocation officielle du corps électoral n’a été annoncée.
Contexte actuel au Congo Brazzaville
Le pays traverse une période de tension pré-électorale croissante, marquée par des tensions sociales accrues, une absence de réformes électorales consensuelles, mais aussi des campagnes de désinformation orchestrées via les réseaux sociaux, notamment en détournant des vidéos anciennes comme celle-ci.
Ce qu’il faut retenir
| Elément vérifié | Résultat |
| Origine de a vidéo | Emission RFI Appels sur l’actualité |
| Sujet réel | Refus de l’UE d’observer le scrutin de Mars 2016 |
| Aucun lien avec l’élection de 2026 | Aucun contenu récent sur cette présidentielle |
| Vidéo virale manipulée | https://www.facebook.com/share/v/1CHGaEcxgU/ |
| Constitution (Article 67) | https://www.sgg.cg/JO/2015/congo-jo-2015-08-sp.pdf |
| Lien émission Thierry Moungalla |
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| Fin du mandat actuel de Denis Sassou Nguesso | 16 avril 2026 |
| Déclaration UE en2016 | https://www.rfi.fr/fr/afrique/20160221-election-presidentielle-congo-brazzaville-ue-enverra-pas-observateurs |
Appel à la vigilance
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