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Faux, il n’y a pas eu fraude électorale pendant l’élection présidentielle de 1992 en République du Congo

Lors d’une émission diffusée sur  Télé-Congo , Alain Akouala, ancien ministre de la République du Congo,  a affirmé qu’une “ fraude électorale orchestrée dans la région du Pool lors de l’élection présidentielle de 1992, aurait relégué Denis Sassou Nguesso à la troisième place, derrière Bernard Kolelas.”.

Le 31 décembre 2024, Télé Congo diffusait une édition spéciale pour les vœux du Président à l’occasion du nouvel an 2025. Alain Akouala, ancien ministre ,membre du parti au pouvoir a pris la parole. S’adressant aux jeunes congolais, il a affirmé vouloir transmettre  “l’histoire”

Dans sa déclaration que l’on peut retrouver sur son compte Linkedin ,  il a affirmé  que “Denis Sassou Nguesso lui aurait confié qu’un bourrage d’urnes en 1992, dans un village du Pool, aurait fait basculer le nombre des voix en sa défaveur, soit de 100 à 5 000 voix ,  le reléguant à la troisième place, derrière Bernard Kolelas”. 

Sur quels faits repose cette déclaration ?

Fact-Check Congo a vérifié.  

Cette déclaration est-elle crédible ou contestable ? 

En août 1992, l’élection présidentielle en République du Congo a eu lieu dans un contexte de transition démocratique après la Conférence nationale souveraine. Alain Akouala affirme qu’une fraude électorale massive aurait eu lieu dans un village de la région du Pool, modifiant les résultats, de 100 à 5 000 voix , altérant ainsi l’issue du premier tour. Toutefois, selon nos recherches, aucune source officielle disponible  ne soutient cette affirmation. 


Elle est même contredite par l’arrêté 2796 du 29 août 1992 portant publication des résultats du Premier tour de l’élection présidentielle ,scrutin du 2 août 1992, qui atteste que le candidat Denis Sassou Nguesso a obtenu 131 346 voix,  tandis que Bernard Kolelas a recueilli 159 682 voix, soit un écart de 28 336 voix entre les deux. 

Fact-Check Congo propose ici deux graphiques, réalisés avec Python Seaborn, qui résument les résultats du premier tour de l’élection présidentielle de 1992, ainsi qu’un troisième qui montre l’écart des voix entre les deux challengers  de cette élection présidentielle de 1992 cités dans la déclaration en vérification.

Graphique 1 (Cliquez pour ouvrir le graphique) 

Graphique 2

Pour Clément Mierassa, président du Parti social démocrate congolais (PSDC) et ancien candidat à l’élection présidentielle d’Août 1992, il n’y a eu aucune fraude lors de cette élection.

Les  résultats du président Sassou au premier tour de la présidentielle  ( de 1992 ndlr) reflètent ceux de son parti, le Parti congolais du Travail (PCT), qui occupait aussi la troisième place en nombre de sièges aux élections législatives de la même année, derrière le MCDDI de Bernard Kolelas, a-t-il déclaré à Fact-Check Congo.

Par ailleurs, l’hypothèse d’une fraude de cette ampleur est contredite par le contexte électoral de l’époque, caractérisé par une grande transparence, et un équilibre des pouvoirs.

Un contexte électoral qui rend improbable une fraude de cette ampleur

La présidentielle de 1992 s’inscrit dans la période de transition amorcée par la Conférence nationale souveraine de 1991. Lors de cette grand-messe politique, un acte fondamental portant organisation des pouvoirs publics durant la période transitoire avait été adopté.

Il s’agit de la création de trois organes principaux, notamment

  • La Présidence de la République, qui a été occupée par Denis Sassou Nguesso, qui incarnait la Nation, tel que décrit par l’article 35 de cet acte fondamental ;
  • Le Conseil supérieur de la République, composé de quatre membres élus lors de la Conférence  nationale souveraine et présidé par le prélat catholique Monseigneur Ernest Kombo, et dont la mission était de superviser les élections. 
  • Le gouvernement, responsable devant le Premier ministre de transition André Milongo (article 45)  aussi élu  pendant la Conférence nationale souveraine.

Il  est important de noter que feu André Milongo, Premier Ministre de transition à l’issue de la Conférence nationale souveraine,  et  candidat à l’élection présidentielle de 1992,  a terminé en quatrième position avec 79 979 voix. Cela démontre l’impossibilité d’influencer les résultats en faveur d’un candidat spécifique.  

De plus, les observateurs internationaux, notamment ceux de l’ONG The International Foundation for Electoral Systems (IFES) ont indiqué dans leur rapport que, malgré certaines contraintes administratives et logistiques lors de la présidentielle de 1992, aucune fraude n’a été relevée durant son déroulement.  Le rapport contredit les affirmations de M. Akouala sur une potentielle fraude.                                                                          

Motivations politiques

Pour comprendre les motivations derrière cette déclaration non factuelle, il est nécessaire de la replacer dans le contexte sociopolitique actuel de la République du Congo. Selon ce reportage diffusé sur la Radio France Internationale (RFI) en novembre 2024, la République du Congo connaît une grave crise économique depuis plusieurs années , marquée par l’assèchement de ses caisses,  avec pour conséquences, des grèves à répétition dans plusieurs entités et entreprises.

Cette situation contraste fortement avec l’objectif  du gouvernement  d’atteindre l’émergence à l’horizon  2025. L’écart entre cette promesse et les réalités quotidiennes des citoyens alimente le mécontentement sur les réseaux sociaux ,notamment sur Youtube où la vidéo  du  message du président Denis Sassou Nguesso a été largement commentée.

Guy Mafimba Motoki, membre de l’opposition congolaise résidant en France, a déclaré à Fact-Check Congo que cette déclaration sans fondement ni preuves d’ Alain Akouala  est le résultat du fanatisme : 

“ La déclaration d’Alain Akouala ne vise pas uniquement à redorer l’image d’un président critiqué, mais surtout à se  repositionner. L’ ancien ministre remercié en 2017 chercherait à revenir au gouvernement”, a-t-il affirmé à Fact-Check Congo.

 John F. Clark. , Professeur de sciences politiques et relations internationales à la Florida Internationale University (FIU), affirme dans son article intitulé  Congo-Brazzaville: The Sassou Nguesso Mafia, et publié en 2024,  que “la loyauté envers le dirigeant est primordiale dans le système de gouvernance en République du Congo”. 

Fact-Check Congo a tenté en vain de joindre le Porte-Parole du Parti Congolais du Travail, au pouvoir actuellement , pour réagir aux affirmations de M. Akouala.

Fact-Check Congo a de nouveau interrogé Alain Akouala, auteur des propos en vérification.  A la question de savoir s’il confirmait ses propos, et si possible donner le nom du village où se serait déroulée la fraude électorale en 1992. 

“  De 1995 à 1997, j’ai travaillé comme consultant en communication pour la Banque mondiale, rendant compte à Mireille Lissouba. Après la tragédie du 5 juin, j’ai repris contact avec elle. Le Ministre Pierre Oba a proposé au Président Sassou Nguesso que je serve de pont avec Mireille, ce qu’il a accepté. Lors d’un échange avec le président Sassou Nguesso, il m’a révélé la fraude électorale de 1992”;  a-t-il explicité, sans toutefois préciser le nom du village où la fraude aurait eu lieu.

Alain Akouala semble être le seul à connaître cette vérité sur la fraude électorale de 1992, une affirmation contestée par d’autres car n’ayant aucun soubassement factuel. Clément Mierassa par exemple, et les observateurs internationaux n’ont relevé aucune fraude significative lors de cette élection présidentielle, ce qui contredit la déclaration d’Akouala basée sur des échanges qu’il aurait eus avec le Président Denis Sassous Nguesso.

En conclusion , l’allégation de fraude électorale en 1992, qui aurait permis à Bernard Kolelas de récupérer la deuxième place initialement obtenue par Denis Sassou Nguesso, ne repose sur aucun élément factuel.

Tout d’abord, cette hypothèse s’appuie uniquement sur une prétendue anecdote rapportée par le président Sassou Nguesso lui-même, dont le témoignage pourrait être influencé par des intérêts personnels. Ensuite, le contexte électoral  n’était pas favorable à une fraude de cette ampleur, le pouvoir étant alors partagé entre le président de la République,Denis Sassou Nguesso, le Conseil de la République dirigé par Monseigneur Nkombo, ainsi que le Premier ministre André Milongo. En outre, Bernard Kolelas, ancien leader politique incriminé, n’a exercé à cette période aucune responsabilité politique. Par ailleurs, même  si on admet cette hypothèse, et en procédant par analogie et en soustrayant les voix prétendument frauduleuses obtenues par Bernard Kolelas en 1992, le résultat de ce dernier reste inchangé, car cela  lui laisserait un total de 154 682 voix. Ce qui ne modifierait en rien l’écart entre lui et Sassou Nguesso, qui conserverait toujours la troisième place, quand bien même on lui aurait ajouté ces voix prétendument frauduleuses. 

Fact-Check Congo propose deux autres graphiques réalisés toujours avec Python Seaborn, qui comparent les résultats avec et sans les 5000 voix supposées frauduleuses. 

 Graphique 3 et 4  

                                                                                 

 En l’absence de preuves tangibles, l’affirmation d’Alain Akouala sur un prétendu bourrage d’urnes en 1992 reste une allégation non vérifiée. Ce qui illustre une fois de plus l’importance de s’appuyer sur des faits avérés pour éviter la désinformation et les interprétations biaisées.

Ensemble, engageons-nous à promouvoir une culture de vérité, où les faits priment et où la transparence renforce notre démocratie . Ensemble, nous pouvons bâtir un avenir fondé sur la responsabilité et la confiance. 

Pour éviter les fake news et rester informé avec des faits vérifiés, suivez Fact-Check Congo sur WhatsApp et  LinkedIn.

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