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8 mars en milieu rural : déclaration de la ministre confirmée

Une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux  ( 1, 2) affirme que la ministre de la Promotion de la femme, de l’Intégration de la femme au développement et de l’Économie informelle, Inès Nefer Voumbo Yalo Ingani, a cité la célébration du 8 mars comme exemple de projet en faveur des femmes en milieu rural, à comptabiliser dans le bilan du gouvernement,  en réponse à une question de journalistes  lors d’une émission. 
Fact-Check Congo a vérifié.

Ce qui est affirmé

Selon plusieurs pages Facebook et des médias en ligne, dont celle du journaliste Christian Perrin, la ministre aurait évoqué la Journée internationale des droits des femmes (8 mars) au lieu de présenter un projet structurant d’autonomisation des femmes rurales, lors d’une intervention télévisée.

Les faits

Invitée de l’émission « 30 jours pour convaincre, en toute transparence » le 27 janvier 2026, Inès Nefer Voumbo Yalo Ingani défend le bilan du quinquennat 2021-2026, qu’elle qualifie de  » très élogieux »  en matière de droits et d’autonomisation des femmes, citant notamment la loi Mouebara et des actions gouvernementales.

Interrogée par les journalistes sur un exemple concret de projet mis en place en milieu rural, la ministre déclare notamment :

 » En milieu rural, je peux vous parler par exemple de la célébration de la Journée internationale des femmes. Tout dernièrement, des milliers de femmes ont été formées sur la restauration de rue, ce que nous appelons le malewa. »

Elle ajoute que chaque 8 mars, son ministère forme des femmes, notamment au sein de coopératives agricoles, et renvoie aux chiffres consignés dans le livre bilan dénommé  » En toute transparence ». 

Contexte

L’émission « 30 jours pour convaincre »  a pour objectif de passer en revue le bilan du quinquennat en toute transparence, en donnant la parole à plusieurs membres du gouvernement et directeurs généraux.

Lors de l’émission, la ministre Inès Nefer Voumbo Yalo Ingani a renvoyé aux  » chiffres dans le livre bilan » lorsqu’on lui a demandé des exemples concrets de projets en milieu rural. Seulement, si le livre bilan existe et contient des données chiffrées sur des thèmes larges du quinquennat, cependant, il n’y a pas de preuve qu’il rassemble des chiffres détaillés exclusivement sur les programmes d’autonomisation des femmes rurales ou d’activités spécifiques du ministère de la Promotion de la Femme qui pourraient répondre précisément à la question des journalistes. 

Le livre bilan du quinquennat 2021-2026, intitulé  » En toute transparence » , a été cité par la ministre comme référence chiffrée pour justifier les actions du gouvernement, notamment en matière de droits et d’autonomisation des femmes.

Fact-Check Congo a analysé le livre bilan: Pas de données sectorielles claires sur les femmes rurales.

À ce stade, aucun extrait public du livre bilan ne permet de vérifier :le nombre exact de femmes formées en milieu rural ; les budgets alloués spécifiquement aux projets d’autonomisation féminine ;les résultats mesurables par localité ou par type d’intervention.

La loi Mouebara, adoptée en mai 2022, est présentée comme une avancée majeure contre les violences faites aux femmes. Le livre évoque la formation de plus de 1 000 magistrats et la création du Centre Mouebara. Mais aucun chiffre public n’indique combien de plaintes ont été enregistrées ; combien de condamnations ont été prononcées ; combien de victimes ont été effectivement prises en charge.

Sur l’autonomisation économique, le gouvernement affirme avoir appuyé plus de 300 groupements agricoles, formé 2 284 femmes et distribué des kits à 1 561 bénéficiaires. Cependant, aucun budget n’est publié ; aucun suivi des bénéficiaires n’est documenté ; aucune preuve n’est fournie sur la durabilité de ces actions et la part réelle des femmes rurales n’est pas clairement identifiée. 

La référence répétée au livre bilan ne permet donc pas, en l’état, de répondre précisément à la question posée par les journalistes. Mais une analyse approfondie  du livre montre que les données sectorielles détaillées sur les femmes, en particulier en milieu rural et sur les violences basées sur le genre, restent largement absentes ou non vérifiables publiquement.

Cette absence de données sectorielles est confirmée par la société civile.

Dans un rapport présenté à Brazzaville en décembre 2025, l’association congolaise Kaani Assistance a alerté sur le manque criant de données fiables et consolidées sur les violences basées sur le genre (VBG) en République du Congo.

Ce que dénonce Kaani Assistance est notamment l’absence d’une base de données nationale harmonisée sur les violences faites aux femmes ; des statistiques éparpillées entre police, hôpitaux, tribunaux et ONG ; une sous-déclaration massive des cas, liée à la stigmatisation, à la peur et à l’absence de mécanismes fiables de signalement ; ainsi que des données incomplètes ou incohérentes, rendant toute évaluation sérieuse des politiques publiques impossible.

Selon l’association, l’absence de chiffres fiables empêche l’État de mesurer réellement l’ampleur des violences et d’adapter efficacement les réponses institutionnelles.

Conclusion

La déclaration attribuée à la ministre est authentique : elle a bien cité la célébration du 8 mars et des formations associées comme exemple d’action en milieu rural.
L’affirmation est donc vraie, même si le débat demeure sur la pertinence de cet exemple au regard des attentes en matière de projets structurants d’autonomisation rurale. Le livre bilan 2021-2026 existe et présente des chiffres globaux sur l’action gouvernementale. Mais il ne fournit pas, de manière publique et vérifiable, des données détaillées sur l’autonomisation des femmes rurales ni sur les violences basées sur le genre.

La référence aux “chiffres du livre bilan” ne suffit donc pas, en l’état, à démontrer l’existence d’un suivi chiffré rigoureux des politiques en faveur des femmes au Congo- Brazzaville .

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