Le président de la République Denis Sassou Nguesso a affirmé, lors de la Journée de la République du 28 novembre 2025, que “ 10 000 nouveaux agents ont rejoint la fonction publique en 2025 “.
Fact-Check Congo analyse cette déclaration à partir des sources officielles disponibles et des données ouvertes vérifiables.
Le cadre légal de la fonction publique congolaise
La fonction publique congolaise est régie par la loi n°45-2019 portant Statut général de la Fonction publique qui précise que tout recrutement doit correspondre à un poste existant; la vacance doit être publiée et le recrutement doit se faire par concours ou sélection transparente.
Selon le Ministère de la Fonction publique, du travail et de la sécurité sociale, l’État recrute selon deux modalités notamment par voie de concours direct ou encore en procédant à des recrutements spéciaux (éducation, santé, administration, etc.). Mais en réalité, la voie de concours n’a jamais été appliquée lors de ces recrutements. Lors d’une question orale à l’Assemblée nationale en février 2025, le premier ministre Anatole Collinet Makosso recommandait le retour au mécanisme d’entrée dans la fonction publique, qu’elle soit centrale, d’État ou territoriale, et par voie de concours, et ce, dès 2026.
Dans son discours officiel du 28 novembre 2025, Denis Sassou Nguesso affirme que “plus de 10 000 nouveaux agents ont intégré la fonction publique en 2025.” . Une affirmation qui concerne sûrement tous les secteurs de la fonction publique à savoir l’éducation, la santé, les finances, les affaires sociales, l’intérieur, etc…
Les données ouvertes trouvées ont permis à Fact-Check Congo de confirmer que les budgets 2024-2025 prévoient une hausse des effectifs publics. Le plafond d’emplois publics pour 2024 était de 79 608 postes, comme le précise le Trésor français dans son analyse du budget ,reprenant les données de la loi de finances congolaise 2024.Le document confirme une hausse continue du nombre d’agents, ainsi que des recrutements envisagés dans plusieurs secteurs prioritaires.
De son côté, le Fonds Monétaire International, FMI, dans son rapport 2024 sur la cinquième revue de l’accord triennal au titre de la facilité élargie de crédit, confirme l’augmentation de la masse salariale publique. L’institution de Bretton Woods observe une hausse constante des dépenses publiques de personnel, un renforcement prévu dans l’Éducation et la Santé, ainsi que des recrutements programmés dans plusieurs ministères.
L’analyse de ces diverses données rendent plausible l’intégration de 10 000 nouveaux agents au sein de la fonction publique congolaise.
Toutefois, il sied de noter que les sources officielles consultées par Fact-Check Congo ne permettent pas de donner le nombre exact de recrutements par ministère, une liste consolidée des nouveaux agents, ou encore un total annuel de “10 000 “, sachant que l’Institut national des statistiques du Congo ne publie pas d’annuaire statistique national sur les recrutements annuels à la fonction publique, contrairement au Burkina Faso par exemple.
En conclusion, la déclaration est plausible mais non vérifiable faute de données consolidées.
Selon les données consultées notamment celles du FMI, ainsi que celles des budgets nationaux, voici un graphique présentant l’ évolution des effectifs de la fonction publique de 2015 à 2025.
En Août 2022, le ministère de la fonction publique avait annoncé sur X, ancien Twitter, la publication de la liste de nouvelles recrues dans les différents ministères au terme du quota 2020-2021, sans toutefois notifier sur le nombre exact. La dernière campagne de recrutement publiée par ledit ministère date de 2023, et les listes nominatives rendues publiques en juin 2024, comme le montre cette publication faite sur sa page officielle Facebook.
Sources : Lois de finances 2015, 2020, 2023 ; Budget 2024 ; Projection FMI (2025). Agents estimés / Plafond budgétaire . Le plafond budgétaire reflète le maximum autorisé, pas l’effectif réel. Les projections du FMI suggèrent une croissance structurelle. (Graphique généré avec Gemini AI)
Quant à la masse salariale publique , le FMI avait prévu une hausse continue avec une progression de cette dernière , cohérente avec un renforcement des effectifs.
En 2015 , la masse salariale était d’environ 440 milliards FCFA; elle est passée à environ 620 milliards FCFA en 2020 ; à environ 670 milliards FCFA en 2023 pour atteindre près de 690 milliards FCFA en 2024.

Courbe d’évolution de la masse salariale 2015–2024 ( généré avec Gemini AI)
Départs à la retraite
L’âge du départ à la retraite pour les agents de la fonction publique a été ramené à la hausse dans le nouveau code du travail adopté en 2024, à savoir 57 ans, pour les manœuvres, les ouvriers et les autres travailleurs assimilés ; 60 ans pour les agents de maîtrise ; 63 ans pour les cadres et 65 ans pour les cadres hors catégorie.
Cet article de Adiac publié en 2019, rappelle que les départs à la retraite sont estimés à trois mille chaque année. En 2019, les prévisions envisageaient 12 677 départs à la retraite. Malgré plusieurs retards administratifs persistants, il sied de dire que les départs à la retraite expliquent une partie des besoins de recrutement dans la fonction publique.
Cela soutient la plausibilité des chiffres évoqués, quand bien même Fact-Check Congo n’a pu trouver en OSINT un chiffre officiel consolidé, ou encore de publication statistique et de rapport ministériel indiquant 10 000 “ recrutés courant année 2025.
Conclusion
La déclaration selon laquelle “10 000 nouveaux agents ont rejoint la fonction publique en 2025” est plausible mais non vérifiable. Les tendances budgétaires confirment une augmentation réelle des effectifs, mais aucune source publique n’atteste numériquement le total annoncé. Le manque de transparence statistique empêche une confirmation indépendante.
















