Contexte : pourquoi cet article ?
Cet article fait suite aux nombreuses réactions enregistrées sur les réseaux sociaux après le discours prononcé le 28 novembre par le président de l’Assemblée nationale, Isidore Mvouba, devant le Parlement réuni en Congrès à l’occasion de la Journée de la République.
Son appel public invitant le Chef de l’État, Denis Sassou Nguesso, à faire acte de candidature à la prochaine présidentielle a suscité un vif débat en ligne. Certains internautes dénoncent une démarche “ anticonstitutionnelle ” , tandis que d’autres y voient un soutien politique assumé.
Face à ces prises de position diverses, Fact-Check Congo a jugé nécessaire d’apporter un éclairage rigoureux, fondé sur les textes officiels, pour distinguer perceptions, interprétations et faits établis.
Que s’est-il réellement passé ?
Fact-Check Congo a suivi en direct sur la Télévision nationale, la retransmission de l’activité rassemblant les deux chambres réunies en congrès, à l’occasion de la célébration de la fête de la République ,le 28 novembre 2025 à Brazzaville.
Lors de son adresse au Chef de l’Etat, le président de l’Assemblée nationale a invité Denis Sassou Nguesso à faire acte de candidature pour la présidentielle de mars 2026 en déclarant: “ ….Je vous lance cet appel patriotique, écoutez la voix du peuple et l‘appel de la nation… que vous fassiez acte de candidature à l’élection présidentielle de mars 2026 par devoir républicain qui vous revient de construire le CONGO de demain”, fin de citation.
Analyse juridique : que dit réellement le droit congolais ?
Il n’existe à ce jour aucun article qui interdit au président de l’Assemblée nationale d’émettre un avis politique, même dans un cadre solennel comme le Congrès. Aucune disposition ne sanctionne un appel public à candidature que ce soit dans la Constitution de 2015 , ou encore dans le Règlement intérieur de l’Assemblée nationale,
A la lecture de ces deux documents, l’on constate qu’il n’existe aucune clause limitant les prises de position politiques du président de la Chambre basse du Parlement, et aucune interdiction spécifique n’encadre ses déclarations publiques.
Conclusion juridique
La démarche du président de l’Assemblée nationale n’est donc pas illégale, comme certains commentaires sur les réseaux sociaux l’ont laissé entendre, sachant que le président de l’Assemblée demeure un élu politique, disposant d’une liberté d’expression tant qu’aucun texte n’en restreint explicitement l’usage.
Ce qui pose réellement problème
Même si la démarche est légale, elle est institutionnellement discutable. Le président de l’Assemblée nationale représente tous les députés ; il incarne le pouvoir législatif et bénéficie d’une obligation morale de neutralité lors des cérémonies officielles.
En appelant publiquement le Chef de l’État à être candidat, il engage non seulement l’institution sans mandat des élus, il politise sa fonction, et brouille la séparation des pouvoirs.
Pour rappel, la Fête de la République est une obligation institutionnelle et républicaine. De ce fait, utiliser le Congrès, une cérémonie d’État, pour lancer un appel à candidature revient à transformer une tribune officielle en plateforme de mobilisation politique.
Cet appel public du législatif à l’exécutif renforce la perception d’une Assemblée nationalisée politiquement, et acquise de fait à l’action du chef de l’Etat et affaiblit le principe de séparation des pouvoirs ; d’un effacement du contre-pouvoir parlementaire et pour finir, d’une institution législative alignée sur l’exécutif, et s’éloigne des standards démocratiques internationaux.
Cette séquence d’Isidore Mvouba a suscité plusieurs réactions sur les réseaux sociaux, notamment sous un post public de Dave Mafoula, acteur politique congolais.
Le Congrès de la Journée de la République est une cérémonie officielle. L’utiliser pour encourager une candidature et envoyer un message partisan, équivaut à une campagne prématurée dans un cadre institutionnel.
Conclusion
Est-ce légal ? Oui. Ni la Constitution ni le règlement intérieur de l’Assemblée nationale n’interdisent une telle déclaration. Par contre, institutionnellement, cette déclaration pose problème car elle viole l’exigence de neutralité institutionnelle et brouille la séparation des pouvoirs. Affirmer donc que cela est interdit dans la Constitution est faux.
Recommandations
Il est important de toujours distinguer illégalité et inappropriation institutionnelle, et de se référer aux textes officiels avant d’interpréter une déclaration politique. Nous encourageons donc les citoyens à une lecture critique des discours tenus depuis les tribunes d’État.














