Invitée le 21 avril à une tribune spéciale de l’émission Alinéa Newsletter diffusée sur Télé Congo et animée par Aline France Etolabeka et Wences Mouandzibi,, la ministre de l’Économie forestière, Rosalie Matondo, a réagi à l’adoption par l’Assemblée générale des Nations Unies de la Décennie du boisement et du reboisement 2027–2036, une initiative portée par la République du Congo. Elle en a profité pour rappeler que la Journée nationale de l’arbre a été instituée en République du Congo dès 1986, en précisant que « à l’époque, on ne parlait pas encore de changement climatique dans le monde ».
Cette déclaration mérite d’être examinée à la lumière des faits historiques et scientifiques.
Fact-Check Congo a vérifié.
- Le changement climatique, absent des débats en 1986 ? Faux
Dire qu’on ne parlait pas du changement climatique en 1986 est inexact, même si le sujet n’était pas encore au cœur des politiques publiques nationales africaines.
- En 1979, l’Organisation météorologique mondiale organisait déjà la première Conférence mondiale sur le climat à Genève, où les scientifiques ont alerté sur les effets du CO₂ sur la température globale.
- En 1985, des scientifiques réunis à Villach (Autriche )publient une déclaration commune estimant qu’un réchauffement mondial est « probable » en raison des émissions de gaz à effet de serre.
- En 1988, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) est créé par l’ONU pour centraliser la recherche mondiale sur le climat.
Conclusion
Le changement climatique était déjà un sujet de préoccupation scientifique mondiale dès les années 1970. Toutefois, il est vrai que cette notion n’était pas encore vulgarisée ni présente dans les discours politiques africains à cette époque. L’affirmation de la ministre est donc historiquement inexacte, mais reflète peut-être une perception locale sincère.

- Le Congo, un pionnier du reboisement en Afrique? Formule exagérée, mais fondée sur des faits.
Le Congo n’est pas le seul pionnier, mais il a été parmi les premiers à initier des programmes publics de reboisement. Dès les années 1980, des institutions telles que le Service national de reboisement (SNR) ou l’Unité d’Afforestation industrielle ont vu le jour. Des milliers d’hectares de plantations industrielles ont été développés autour de Pointe-Noire notamment.
Au Cameroun, le début des années 80 marque l’implication des populations par le pouvoir public dans le reboisement à travers la foresterie communautaire, comme réponse aux processus de dégradation des terres et aux pénuries de bois de feu, aggravée par les sécheresses que le pays a connu en 1968. Ces projets prennent la forme de plantations d’arbres, en boisements ou « bosquets » villageois, alimentés le plus souvent par des pépinières gouvernementales ou centrales dans les années 80-85.
Source : Histoire des actions de foresterie dans les projets de développement rural au Nord-Cameroun
Toutefois, la longue expérience du Congo en matière de plantations forestières s’est matérialisée par la mise en œuvre du Programme national d’afforestation et de reboisement (ProNAR) lancé en 2011 pour une durée de 10 ans, avec pour objectif la création de 1 million d’hectares de plantations forestières et agroforestières.
Conclusion
Si les efforts du Congo en matière de reboisement et les engagements climatiques sont indéniables et salués à l’international, l’affirmation selon laquelle “on ne parlait pas encore de changement climatique en 1986” est incorrecte au regard de l’histoire scientifique mondiale.
Toutefois, il est possible que la ministre ait voulu souligner qu’à cette époque, le sujet n’était pas encore politiquement ou médiatiquement prioritaire en Afrique, ce qui est un point de vue compréhensible.
La République du Congo avait en 1986, une longueur d’avance sur bien d’autres pays du Sud dans la prise en compte des enjeux forestiers. Toutefois, il n’est pas le pionnier mais est compté parmi ces derniers.
Vous avez un doute sur une information ? Signalez-la par mail à Fact-Check Congo à contact@factcheck-congo.com, ou par WhatsApp.
Fact-Check Congo est disponible sur Facebook, LinkedIn, WhatsApp et Twitter.













